Brutalité médiatique, brutalité policière et populisme : les armes incontrôlables d’une élite économique

Photo: www.flickr.com

Depuis le début de la grève étudiante, les médias s’en donnent à cœur joie pour mépriser ses protagonistes. Enfants gâtés pour les uns, « crottés » pour les autres, les médias jugent tour à tour les grévistes comme des personnes incapables d’autonomie – jusqu’à nier toute intelligibilité à leur choix politique – ou à la limite comme des criminels. Dans les deux cas, l’arrogance prévaut et écrase tout sur son passage, comme s’il n’y avait pas d’autres manières de rendre compte des revendications étudiantes. L’arrogance, car elle s’avère plus provocante, plus spectaculaire et donc plus payante sur la scène médiatique. Se prendre au sérieux, oui, mais surtout, ne rien faire sérieusement.

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En parallèle de cette brutalité médiatique, nous retrouvons son acolyte de longue date, la brutalité policière. Celle-ci augmente sans cesse en intensité. En 2012, les forces policières ont commis des gestes d’une violence inouïe : charges féroces sans raison, coups et blessures, matraquages, intimidation, mâchoires brisées, yeux crevés. Commis par n’importe qui d’autre, ces actes auraient été jugés comme des crimes graves. Depuis, rien n’a changé, bien au contraire.

Par la méthode employée, par la présence sans commune mesure des policiers à chaque manifestation, quelle que soit sa taille et surtout par une attitude de toute évidence approuvée par leurs supérieurs, les forces policières assument un rôle de répression et jouissent des privilèges indus de celui-ci. Mais peu à peu, même le profilage et les arrestations à caractère politique passent au second plan. La brutalité policière a soif : elle trouvera toujours matière à frapper même lorsqu’elle ne recevra plus d’ordre en ce sens. Ni l’élite politique, ni même la hiérarchie policière ne pourront contrôler ce qu’elles ont trop longtemps encouragé.

Oui, cette férocité fait peur, oui ces sévices et ces exactions répriment toute contestation. Les forces policières ont toutefois dépassé ce stade : elles carburent maintenant à une violence qui devient sa propre fin. Or, une autre forme de brutalité se manifeste de plus en plus et je crains le jour où elle sera capable d’actes pires encore que ceux perpétrés par la police. Je veux parler du populisme.

Le populisme a pour seule logique la force du nombre. Pour cette raison, il ne tolère pas la dissidence et se constitue en bloc contre tout ce qui lui est étranger ou désigné comme tel. Pour le populiste, toute opposition est une erreur qu’il faut écarter ou un ennemi qu’il faut combattre, voire abattre. Certes, les politiciens s’amusent au jeu du populisme et attisent les braises de l’opinion publique de manière effrayante. Certes, les médias entretiennent le populisme. Mais dans ces cas, le populisme correspond au rôle d’un spectateur qui consomme de la brutalité sans en être l’auteur. Toutefois, si les forces de l’ordre, qui représentent l’autorité de la loi, donnent à celle-ci le visage de la matraque, de fusils à balle de plastique, des coups de bouclier, quelle sera la réaction d’une partie de la population? Ne voudra-t-elle pas, elle aussi, participer à la bastonnade? Certains chroniqueurs craignent les casseurs parmi les manifestants. Je crains plutôt les casseurs de manifestants.

Pour le populiste, toute opposition est une erreur qu’il faut écarter ou un ennemi qu’il faut combattre, voire abattre.

L’imbécile qui à hâte d’en découdre avec les étudiants et rêve, excité par les vociférations des radios poubelle, d’en frapper un à coup de batte de baseball, ne voit-il pas dans l’exemple de la police une autorisation à agir en ce sens? Le geste commis contre Naomie Tremblay-Trudeau n’est pas anodin. Lorsque la police dicte la loi à coup de fusil, d’autres voudront suivre son exemple : frapper une jeune femme en plein visage devient permis puisque la police le fait et ce geste ignoble se voit même glorifié sur les réseaux sociaux. Dans ce théâtre affreux, le truand rejoint la brute. L’uniforme est la seule chose qui les distingue.

Derrière toutes ces ignominies, il y a surtout au final l’infâme brutalité économique, qui assure aux plus nantis contrôle et domination absolue sur les plus faibles. Reprenons le discours, une fois n’est pas coutume, des marchands de fusils : ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les criminels. Si, comme je le crains, nous sommes passés à une autre étape et qu’un jour une personne est tuée lors d’une manifestation, les véritables criminels ne seront ni les journalistes, ni les policiers ni la population. Ce seront ces riches parmi les riches qui profitent des basses œuvres de leurs subalternes : le sang des uns est l’argent des autres. J’attends encore, et peut-être en vain, celui d’entre eux qui plaidera coupable. À force de vouloir régner en maître, ils ont créé des monstres. Scénario apocalyptique de science-fiction? Tout, en ce moment, laisse présager le contraire.

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