Grève étudiante

L’injonction n’arrête pas la grève

Photo: www.flickr.com

Le 14 avril dernier, les étudiants et étudiantes de l’Association facultaire étudiante des sciences humaines de l’Université du Québec à Montréal (AFESH-UQÀM) ont reconduit la grève générale illimitée. Les interventions policières survenues le 8 avril à l’UQAM ont secoué la communauté universitaire montréalaise et sont maintenant au cœur des revendications pour les étudiants et étudiantes.

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Le 13 avril, le juge Robert Mongeon prolongeait jusqu’au 21 juillet l’injonction obtenue par l’administration de l’UQAM. De nombreux professeurs de l’établissement avaient pourtant dénoncé, par la voix de leur syndicat, mais aussi en se plaçant physiquement devant des policiers qui intimidaient des étudiants, la décision du recteur de faire respecter les injonctions par les forces de l’ordre. «Les profs qui se sont interposés entre les étudiant-e-s et les policiers l’ont fait pour éviter une violence excessive. Car non, les policiers n’ont rien à faire sur un campus, explique la professeure de littérature des femmes et de théories féministes de l’UQAM Martine Delvaux. C’est à l’administration de dialoguer avec les étudiant-e-s, les profs, les chargé-e-s de cours, le personnel de soutien.»

De nombreux étudiants et étudiantes de l’Université de Montréal, dont des membres de l’Association des cycles supérieurs en sociologie de l’Université de Montréal (ACSSUM), ont décidé de montrer leur soutien en rédigeant une pétition. «L’objectif principal de la pétition est la conscientisation face à la situation à l’UQAM de la communauté de l’Université de Montréal», explique la doctorante en sociologie et présidente de l’association Annick Vallières.

Ils y dénoncent «la violence et la répression qui ont cours à l’UQAM». «La présence du SPVM et la violence conséquente au sein de notre université, en 2012, n’ont pas été oubliées, et nous sentons l’urgence de répondre à la crise actuelle sévissant dans un établissement chargé d’une mission similaire», peut-on lire sur la pétition.

Les professeurs divisés

Le syndicat des professeurs et professeures de l’UdeM a émis le 10 avril un communiqué intitulé «Le dialogue plutôt que la force: les leçons de 2012» et allant en ce sens: «Il nous apparaît stérile à ce stade de se demander "qui" aurait initié l’escalade de la violence dont nous sommes les témoins impuissants. Demandons-nous plutôt "comment" rétablir les conditions d’un dialogue afin que les professeurs, les chargés de cours, les étudiants et tous les employés de l’UQAM puissent, très vite et très tôt, retrouver un climat sain.»

Néanmoins, ni la pétition ni le communiqué ne représentent la position assumée par l’administration de l’Université de Montréal. «Chaque professeur est libre de signer une pétition en son nom. Nous n’avons pas à donner notre opinion sur les convictions personnelles des professeurs», tranche le porte-parole Mathieu Fillion. Il a expliqué que l’administration de l’UdeM ne souhaitait pas prendre position ou commenter les événements.

Du côté de l’UQAM, la position du syndicat s’alignait sur une critique de la répression policière. «Si peur il y a eue, elle semble plutôt avoir été provoquée par la brutalité policière, par la présence des forces de l’ordre sur le campus que par quelques individus cagoulés», s’insurge Martine Delvaux, en pensant qu’il s’agit là de ce qui nuit à la réputation de son école.

Mais la présidente du Conseil d’administration de l’Université du Québec à Montréal Lise Bissonnette dit soutenir «sans réserve les décisions prises par le recteur de l’UQAM» dans son communiqué du 13 avril.

Une lettre envoyée aux médias et signée par 184 professeurs et professeures de l’UQAM exprime aussi une division dans le corps professoral. Bien que le nombre de signataires semble minime en regard des 3377 professeurs rattachés à l’université, ceux-ci expriment un désaccord par rapport aux propos tenus par la présidente du syndicat des professeurs de l’UQAM Michèle Nevert. «La lettre reproche des choses qu’elle [la présidente du syndicat] n’a pas dites», dit Martine Delvaux, qui considère le texte de facto non pertinent.

En effet, la présidente du syndicat n’a jamais «donné son appui» aux étudiants «sans discernement», comme il est écrit dans la lettre. «Elle a tenté de comprendre, puis d’expliquer comment on en était arrivé là et d’exercer un rôle de médiatrice», expose Martine Delvaux. Enfin, elle reproche à la lettre de diviser l’établissement en deux. «Il n’y a pas de vraie et de fausse UQAM. Il y a l’UQAM, avec son histoire, son héritage, ce qu’elle défend depuis sa fondation, et ce qu’elle est aujourd’hui.» Au moment d’écrire ces lignes, l’administration de l’UQAM n’avait pas retourné nos demandes d’entrevue.

La première injonction provisoire obtenue par l’UQAM ne lui a pas permis d’éviter la levée de nombreux cours. En 2012, à l’UdeM, la répression policière n’avait qu’instauré un climat de peur sur le campus. La nouvelle injonction a reçu sa réponse de la part des étudiants et étudiantes de l’AFESH: la grève continue.

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