UQÀM austéritaire

Photo: commons.wikimedia.org

Le mercredi 8 avril dernier, l’administration de l’UQÀM recourait aux « services » du SPVM pour tenter de mater la contestation étudiante en son sein, provoquant ainsi l’arrestation de 22 personnes. Un tel geste montre que l’administration actuelle bafoue la tradition de l’institution, elle-même née de la contestation étudiante — rappelons que les grèves étudiantes de 1968 revendiquaient, entre autres, une deuxième université francophone à Montréal.

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De cette naissance, l’UQÀM a gardé une tradition militante jamais démentie. Les étudiants et étudiantes, des citoyens et citoyennes à part entière, se sont mobilisés pour des enjeux dépassant les murs de l’université ou se limitant au monde de l’éducation (solidarité avec les grévistes du Front commun de 1972, opposition au coup d’État au Chili en 1973, lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud). Déjà en 2012, une opposition à la hausse des frais de scolarité s'est transformée en une lutte contre la marchandisation de l'éducation et les politiques néolibérales. En se mobilisant contre les politiques d’austérité et le tout-au-pétrole qui les complète, les étudiants et étudiantes actuels poursuivent cette tradition. En niant la collégialité (suspension, notamment, du comité de la vie étudiante) et en recourant à l'appareil judiciaire et aux forces policières, l'administration manifeste pour sa part son intention d'en finir avec une UQÀM socialement engagée.

Le virage que cette administration fait prendre à l'UQÀM, virage austère et autoritaire — en un mot : austéritaire —, a des ramifications plus redoutables encore. Elles touchent l'une des fonctions fondamentales de l'éducation supérieure. L'université n'est pas qu'une école professionnelle. Elle a aussi comme mission de donner le souci du monde et de former des citoyens et citoyennes critiques en prise sur la réalité. On ne saurait affirmer cela sans en tirer toutes les conséquences concrètes. L'école n'est pas un lieu neutre isolé du reste de la société. C'est un cadre où se développent aussi bien des capacités de penser le monde que des capacités d'intervenir et d'agir au sein de ce monde. C'est ainsi que l'éducation peut être véritablement émancipatrice. Que des étudiants et étudiantes s'approprient des savoirs critiques et des pratiques sociales — et pas seulement individuelles, voire individualistes — est en ce sens parfaitement conséquent avec le sens profond d'une éducation libératrice.

Le militantisme étudiant n'est pas seulement formateur, autant qu'une simulation des Nations Unies, un stage à l'Assemblée nationale, un stage dans un organisme communautaire, un cabinet d'avocats ou un bureau d'ingénieur : il est le prolongement pratique d'une formation capable de questionner les schèmes dominants de la pensée et de la représentation du monde commun. Ce sont les conséquences concrètes de cette fonction critique que ne tolère manifestement pas une administration qui a pris divers moyens pour briser un mouvement collectif découlant de décisions prises collectivement. Cela nous inquiète sérieusement.

On accuse les grévistes de nuire à « l'image » de l'UQÀM. Or, ce qui lui fait le plus mal, c'est sans conteste cette administration autoritaire. Face à la confiscation de l'institution par sa seule direction et à la négation par les gestes de cette direction de l'idée même de communauté universitaire, nous affirmons que nous sommes :

contre l’université autoritaire qui, au nom de la légalité, brime le droit de la communauté universitaire, à commencer par les étudiants et étudiantes, à intervenir sur les enjeux la concernant directement ou indirectement ;

contre l'université qui orchestre des expulsions « exemplaires » d'étudiants impliqués dans les luttes (le ministre Blais, qui suggérait d'en faire deux trois par jour pour « donner l'exemple », a bien compris la logique de ces expulsions) ;

contre l'université qui a recours aux injonctions pour rendre inopérants les votes de grève pris en assemblée ; contre l'université qui investit davantage dans les dispositifs de surveillance que dans l'enseignement et la communauté universitaire ;

contre l'université qui somme le corps professoral de donner les cours même dans des salles vides, niant la relation pédagogique ;

contre l'université qui conçoit l'enseignement sur le mode de la machine distributrice ;

contre l'université qui conçoit le monde étudiant comme une clientèle ;

contre l'université qui se conçoit comme une entreprise soumise à la logique de la productivité, du profit et de l'image de marque (le branding) ;

contre l’université qui considère l'administration comme l'unique possesseur de l'université, au détriment de la communauté universitaire (professeur-e-s, chargé-e-s de cours, étudiant-e-s, employé-e-s) ;

Nous soutenons le droit à la grève des étudiants et étudiantes et nous refusons le paternalisme qui souhaite les restreindre à ne s’inquiéter que du sort de l’éducation.

Nous exigeons :

  1. l'arrêt immédiat des procédures disciplinaires à l'endroit des militants et militantes visés avant la grève ;
  2. la levée des sanctions et accusations frappant les étudiants et étudiantes arrêtés depuis le début de la grève ;
  3. la cessation de l'utilisation de tout corps policier, d'organismes privés de sécurité ou de l'utilisation de caméras de surveillance à l'intérieur du campus ;
  4. le maintien de la liberté d'action politique à l'UQÀM, telle que garantie par les chartes de droits.

Nous invitons enfin toute organisation (syndicale, communautaire, militante, etc.) à adopter une position semblable et à la faire valoir.

Co-signataires (en date du 24 avril 2015)

Diane Lamoureux, professeure, Université Laval Martin Jalbert, professeur, cégep Marie-Victorin Suzanne Beth, chargée de cours, Université de Montréal Michel Lacroix, professeur, UQÀM Anne Lardeux, chargée de cours, Université de Montréal Joan Sénéchal, professeur, collège d’Ahuntsic Frédérique Bernier, professeure, cégep de Saint-Laurent Stéphane Thellen, professeur, Cégep du Vieux Montréal Sophie Castonguay, chargée de cours, UQÀM Benoit Tellier, professeur, cégep de Saint-Jérôme Anne Bérubé, professeure, cégep du Vieux Montréal A. Hadi Qaderi, professeur et étudiant, UQÀM Diane Gendron, professeure, Collège de Maisonneuve Julien Villeneuve, professeur, Collège de Maisonneuve Isabelle Larrivée, professeure, Collège de Rosemont Philippe de Grosbois, professeur, Collège Ahuntsic Edith Martel, professeure, Cégep de Saint-Jérôme Francis Lagacé, chargé de cours retraité Isabelle Baez, chargée de cours, UQÀM
Jean-Marc Piotte, professeur émérite, UQÀM Anne Marie Miller, professeure, cégep du Vieux Montréal Julien Lefort-Favreau, Université de Toronto La Table des groupes de femmes de Montréal Gilles Parent, professeur, Cégep de l'Outaouais Sandrine Ricci, chargée de cours, UQÀM Ted Rutland, professeur, Université Concordia Murielle Chapuis, professeure, Collège Lionel-Groulx 28.Jean-François Hamel, professeur, UQÀM Isabelle Pontbriand, professeure, Collège Lionel-Groulx Marcos Ancelovici, professeur, UQÀM Anne-Marie Le Saux, professeure, Collège de Maisonneuve Mouloud Idir, chercheur associé, CÉDIM, UQÀM Anick St-Louis, professeure, Collège de Rosemont Dominic Arsenault, professeur, Université de Montréal Audrey Laurin-Lamothe, doctorante, UQÀM Paul Eid, professeur, UQÀM Mary Ellen Davis, chargée de cours, Université Concordia Michel Ratté, chargé de cours, UQÀM Jawaher Chourou, chargée de cours, UQÀM Sylvano Santini, professeur, UQÀM Martine Delvaux, professeure, UQÀM Michel Milot, professeur, Collège Lionel-Groulx Grégoire Manouchian, étudiant, Université de Montréal Carolle Mathieu, présidente, l'R des centres de femmes du Québec Ricardo Peñafiel, professeur, UQÀM Linda Guerry, Collectif éducation sans frontières Maxence L.Valade, étudiant, UQÀM Sylvie Béland, professeure, Collège de Valleyfield Valérie Lefebvre-Faucher, éditrice, Éditions du Remue-ménage Kamel Khalifa, professeur, Université Concordia Sonia Gauthier, professeure, Université de Montréal Leila Celis, professeure, UQÀM Steve McKay, professeur, Cégep de Sherbrooke Émilie Cantin, professeure, cégep Marie-Victorin Claude Vaillancourt, professeur, Collège André-Grasset Geneviève Pagé, professeure, UQÀM Erik Bordeleau, postdoctorant, Université Concordia Marie Josée Lévesque, professeure, Cégep Gérald-Godin René Lapierre, professeur, UQÀM Elsa Galerand, professeure, UQÀM Thomas Dussert, professeur, cégep d’Ahuntsic Dominique Damant, professeure, Université de Montréal Simon Chavarie, professeur, Cégep de Saint-Jérôme Anne Latendresse, professeure, UQÀM Jacques Pelletier, professeur, UQÀM Martine-Emmanuelle Lapointe, professeure, Université de Montréal Charles Reiss, professeur, Université Concordia Anne-Marie Pepin, professeure, cégep Marie-Victorin Sébastien Caquard, professeur, Université Concordia Sima Aprahamian, chercheure associée, Université Concordia Alain Gerbier, chargé de cours, UQÀM Christine York, professeure, Université Concordia Philippe Langlois, professeur, Cégep de Sherbrooke Frances Ravensbergen, professeure, Université Concordia Norman Nawrocki, professeur, Université Concordia Marie-Ève Charron, chargée de cours, UQÀM Yves Amyot, chargé de cours,UQÀM Annie Lalancette, chargée de cours, Université Concordia Dominique Peschard, président de la Ligue des droits et libertés Rachel Bédard, éditrice, Éditions du Remue-ménage Ian Boyd, producteur, les Films de l’Isle Sophie Vallée-Desbiens, professeure, cégep du Vieux Montréal Sébastien Bage, professeur,Cégep Édouard-Montpetit Émy Roy-Paradis, professeure, cégep Marie-Victorin James Freeman, professeur, Université Concordia Céline Demers, professeure, cégep du Vieux Montréal Christian Brouillard, professeur, Cégep de Drummondville Marie-Laurence Poirel, professeure, Université de Montréal Marc-André Houle, chargé de cours, UQÀM Margie Bertrand, professeure, cégep du Vieux Montréal Louis Jacob, professeur, UQÀM Gamine Gagnon, professeure, Cégep de Saint-Jérôme Daniel Letendre, chargé de cours, UQÀM Laurence Bherer, professeure, Université de Montréal Claude Blais, chargé de cours, Université de Montréal Norma Rantisi, professeure, Université Concordia Pierre Robert, professeur, Collège Lionel-Groulx Anne Migner-Laurin, éditrice, Éditions du Remue-ménage Gilles Gagné, professeur, Université Laval Magali Uhl, professeure, UQÀM

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