Critique

Pas de personnage pour mon âge

Opening Night au théâtre de Quat’Sous
Théâtre de Quat'Sous

Il y a de ces préambules au théâtre qui ne s’inventent pas. Par exemple, entendre ses voisins de siège se vanter de leurs bobos de vieillesse juste avant la représentation d’une pièce ayant l’âge pour thème.

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« Moi c’est le Parkinson », dit l’un, dans une bonhommie qui étonne. « Moi, une chirurgie de la hanche », renchérit sa voisine, compétitionnant avec son compagnon, atteint d’une autre maladie de vieux. Est-ce le public du Quat’sous qui vieillit, ou le propos de la pièce qui attirait ce soir-là des spectateurs concernés? Pas de quoi donner hâte d’avancer en âge.

Elle refuse, au fond, qu’on mette son âge dans une cage, pour reprendre le mot-clic #pasdecagepourmonâge, utilisé pour dérouter l’émission de relooking Quel âge me donnez-vous?

Le propos de l’adaptation du film de John Cassavetes, Opening Night, que nous proposent le metteur en scène Éric Jean et l’auteure Fanny Britt, est beaucoup plus lumineux, malgré le parcours tortueux de son personnage principal vers une acceptation d’un âge qu’on lui impose. Myrtle, une comédienne de théâtre interprétée par une Sylvie Drapeau qu’on n’imagine pas si loin de ses préoccupations, vit une crise existentielle alors qu’elle doit incarner une femme de 55 ans, un âge auquel elle ne s’identifie pas.

L’actrice ne refuse pas de vieillir, elle refuse le constat sombre que l’auteure (interprétée par Muriel Dutil) fait de la vieillesse. « Ça manque d’espoir », dira-t-elle. En même temps, se sent-elle vraiment si étrangère à la vieillesse? Elle craint d’être si convaincante dans son «rôle de vieille» que le public la prenne pour telle. Elle refuse, au fond, qu’on mette son âge dans une cage, pour reprendre le mot-clic #pasdecagepourmonâge, utilisé pour dérouter l’émission de relooking Quel âge me donnez-vous?

Sauf qu’à la différence des participantes à l’émission de Jean Airoldi, Myrtle n’a pas envie d’être livrée en pâture au regard des spectateurs et de se faire donner un âge. La réalité frappe toutefois, puisque l’injustice de vieillir quand on est une femme dans la pièce – son personnage va revoir son ancien mari, qui est évidemment rendu avec une plus jeune – semble s’avérer dans la vraie vie. Avec quelques nuances, toutefois, puisque le personnage du metteur en scène, joué par Stéphane Jacques, racontera la fois où il s’était épris d’une jeune qui l’a finalement largué parce qu’il était trop vieux. Reste qu’on ménagera les humeurs de la diva, en proie à des hallucinations, considérée hystérique, n’appartenant plus au règne des désirables.

« Pourquoi revisiter ce qui vit encore sur pellicule? », se questionnait dans le programme l’auteure de l’adaptation, Fanny Britt. La mise en abyme du théâtre dans le théâtre ne requiert aucun autre prétexte. Il devient fascinant de voir Sylvie Drapeau déployer ses années d’expérience sur scène et incarner – trop bien pour qu’on s’imagine que la question ne lui ait jamais effleuré l’esprit – une femme prise de court par la mauvaise surprise d’être devenue vieille dans le regard des autres.

Opening Night, d’après le film de John Cassavetes. Traduction et adaptation : Fanny Britt. Mise en scène : Éric Jean. Avec Sylvie Drapeau, Muriel Dutil, Jean Gaudreau, Stéphane Jacques, Agathe Lanctôt, Jade-Măriuka Robitaille, Sasha Samar et Mani Soleymanlou. Assistance à la mise en scène et régie  : Jean Gaudreau. Décor : Pierre-Étienne Locas. Costumes : Cynthia St-Gelais. Lumière : Martin Sirois. Musique : Uberko. Coiffures et maquillages : Angelo Barsetti.
Théâtre de Quat’Sous, du 2 au 27 septembre 2014

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