Le Camp pour le droit au logement, échec ou réussite ?

Toma Iczkovits

Depuis des mois, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) annonçait l’installation d’un Camp pour le droit au logement au cœur de Montréal. Une campagne avait été menée au préalable, sous le thème Le logement, un droit. Elle comprenait notamment la diffusion de douze capsules vidéo illustrant les diverses facettes des problèmes de logement, de même que les bénéfices du logement social.

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C’est pour poursuivre cette sensibilisation de la population et faire monter la pression sur les gouvernements qu’une centaine de personnes de plusieurs régions devait s’installer, à partir du 21 mai, dans un parc du centre-ville. Ce Camp devait être d’une durée indéterminée, puisque les personnes y participant devaient elles-mêmes décider de sa levée, une fois leurs objectifs atteints.

Le maire Denis Coderre et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) en ont décidé autrement. Le 21, une manifestation de plusieurs centaines de personnes a accompagné les campeurs et les campeuses jusqu’au lieu choisi, le Parterre du Quartier des Spectacles, à l’ombre du quartier général du SPVM… Deux heures après l’installation des tentes, les forces policières procédaient à une première éviction. Trois personnes ont été arrêtées et doivent maintenant faire face à des accusations criminelles.

Le manège s’est répété, les deux jours suivants, d’abord devant l’édifice qui abritait l’ancienne Agence de la Santé et des Services sociaux, sur la rue Saint-Denis, et le lendemain sur un parc situé à côté de la Bibliothèque nationale, en face du tristement célèbre îlot Voyageur. Le Camp a, à chaque fois, réussi à s’installer avant d’être expulsé, après quelques heures. Le 22, le SPVM a poussé le zèle jusqu’à empêcher les personnes qu’il venait d’évincer de manifester jusqu’aux bureaux d’Alternatives où elles allaient se réfugier pour une réunion. Des contraventions d’entrave à la circulation (500.1) ont été distribuées à neuf personnes. Des policiers ont même envahi les locaux d’Alternatives, à l’arrivée des premières personnes.

Toma Iczkovits

Le 23, le Camp est devenu itinérant pendant plusieurs heures, le temps d’accueillir bruyamment le ministre Denis Lebel, lieutenant québécois de Stephen Harper, au congrès de l’Union des municipalités du Québec, d’organiser des ateliers et autres activités dans un campement sans tente au Parc Laurier et de participer à une manifestation familiale contre l’austérité.

Les campeurs et leurs campeuses ont décidé de terminer le tout en beauté, le 24 mai, par un rassemblement festif au parc du Mont-Royal qui s’est clôturé par l’installation d’une tente que les nombreuses personnes présentes ont recouverte de slogans de toutes sortes.

Le logement revient dans l’actualité

L’incapacité du Camp à s’installer et à durer aussi longtemps que prévu représente-t-elle un échec? En un sens, oui, puisque la très grande majorité des activités planifiées ont dû être annulées. Il a toutefois réussi à donner aux problèmes de logement une visibilité qu’ils n’avaient pas eue depuis une bonne décennie. Pour une rare fois dans ce type d’évènement, la couverture médiatique a davantage porté sur les enjeux de fond que sur l’intervention du SPVM.

Le camp a aussi permis d’obtenir une vague sans précédent d’appuis à la cause du droit au logement. Quarante personnalités publiques ont signé une Déclaration d’appui au Camp, plusieurs mettant la main à la pâte, dont Alexis Martin, François Avard, Gilles Renaud, Judy Richards, Normand Baillargeon, Philippe Falardeau, Sylvie Legault, Christian Vanasse, Michel Seymour et Christian Nadeau. Le Camp a également été appuyé par une trentaine d'organisations québécoises majeures parmi lesquelles les centrales syndicales CSN, FTQ et CSQ, des syndicats indépendants, des organisations communautaires nationales, des groupes de médecins, etc. Une vingtaine de réseaux internationaux et d'organismes européens, africains et nord-américains ont aussi exprimé leur solidarité.

Une lutte qui se poursuit

Le Camp est terminé, mais la lutte pour le droit au logement, elle, se poursuit.

Le gouvernement fédéral est en train de se retirer du financement qu’il accorde depuis des décennies à 125 000 logements sociaux au Québec, dont 5200 qui perdront leurs subventions dès 2015, ce qui en compromettra l’accessibilité financière pour les ménages à faible revenu. La prochaine campagne électorale ne devra pas se terminer, sans que des engagements n’aient été pris à ce sujet par tous les partis qui aspirent au pouvoir.

À Québec, le Parti libéral de Philippe Couillard a réduit de moitié les sommes consacrées au financement de nouveaux logements sociaux. À peine 1500 unités seront réalisées en un an au Québec contre 3000 lors des années passées et ce, alors que 270 000 ménages locataires ont des besoins urgents de logement. D’autres coupes pourraient même être opérées, suite à la révision des programmes menée sous la gouverne du président du Conseil du trésor, Martin Coiteux.

Espérons que le courage et la détermination des campeurs, campeuses et personnes venues les appuyer donneront le ton pour les batailles à venir.

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