Grèce

Grèce : Le début de la fin?

L'économiste Ianik Marcil analyse les derniers développements de la crise grecque.

L’entente imposée par l’Eurogroupe au gouvernement Grec marque peut-être le début de la fin de quelque chose. Mais de quoi? De l’appartenance de la Grèce à la zone euro, voire même à l’Union européenne? De l’euro lui-même? De l’Union? Ces questions, naguère farfelues, se sont transformées en autant de possibilités bien réelles à court ou moyen terme.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Une chose semble toutefois acquise : la crise grecque marque bel et bien la fin du projet européen rêvé par Jean Monnet et les autres « Pères de l’Europe ». Fédérer les pays européens sous une Union était d’abord un projet politique, sur lequel se sont construites nombre d’institutions, l’ultime au plan économique étant la monnaie commune. Tout projet politique repose sur (au moins) trois grands principes économiques : il doit viser une redistribution juste et solidaire de la richesse, favoriser la stabilité économique et optimiser l’allocation des ressources permettant un développement économique optimal.

Les membres de la zone euro viennent de démontrer l’échec retentissant du projet politique européen à ces trois égards. L’intransigeance de l’Allemagne a mis en échec le projet de solidarité européenne à cause de son poids de son poids économique démesuré (ou grâce à lui). Le poids économique allemand est de 28,8% de la zone euro. Additionné à celui de la France, les deux grands acteurs de la crise actuelle pèsent pour près de la moitié (49,8%) des pays membres. À côté de ces géants, la Grèce fait figure d’enfant pauvre, son économie ne représentant que 1,8% de l’économie de la zone.

Or, plutôt que de mettre de l’avant des politiques structurantes économiquement et solidaires politiquement, les riches pays de l’Union, l’Allemagne en tête – de concert avec le FMI –, ont préféré, après la crise financière de 2008, imposer des mesures d’austérité draconiennes, soit-disant pour forcer Athènes à assainir ses finances publiques. C’est que les grandes institutions internationales et européennes s’obstinent à voir dans la situation de la Grèce, du Portugal ou de l’Espagne uniquement des problèmes de finances publiques.

On présente ainsi la Grèce comme la vilaine cigale dépensière face à la rigoureuse fourmi allemande. Or, le problème est ailleurs.

D’une part, au cours des dernières années, la Grèce a fait des efforts énormes pour se sortir du bourbier, particulièrement après l’épisode des statistiques trafiquées et des manigances de Goldman Sachs. Résultat, en 2014, c’est le budget du gouvernement grec qui affiche le solde structurel le plus élevé - un surplus de 4,3% selon les chiffres de la Commission européenne. Encore mieux, depuis 2010 – donc depuis l’imposition des politiques d’austérité – c’est la Grèce, après le Portugal, un autre enfant pauvre de l’UE, qui a le plus amélioré son solde budgétaire en proportion du PIB. Les Grecs n’ont évidemment pas réglé tous leurs problèmes de finances publiques, mais ils ont obéi largement aux exigences démesurées de leurs créditeurs.

Malheureusement, comme l’a reconnu puis oublié le FMI, ces politiques d’austérité ne fonctionnent pas. À preuve, alors que l’application de ces sévères mesures auraient dû relancer l’économie grecque par l’assainissement des finances publiques du gouvernement, l’ensemble de l’économie grecque s’est effondrée depuis cinq ans : 30% des entreprises ont fermé, le chômage a augmenté de 45% pour s’établir à près de 30% – le double chez les jeunes – la production (PIB) s’est effondrée de 27%. Or, le « deal de Berlin » – un neuvième plan d’austérité depuis l’automne 2009 sur lequel on s’est entendu ne fera que poursuivre ces mesures qui n’atteignent non seulement pas leur objectif mais qui risque d’amener l’économie grecque, déjà dans un état désastreux, dans un état catastrophique.

Plutôt que d’imposer une énième série de mesures draconiennes de réduction de l’État, de privatisations – qui n’ont pas fonctionné depuis qu’on essaie de les mettre en place – les partenaires de la Grèce auraient dû lui permettre de mettre en place des politiques de développement économique et d’innovation dont elle a bien besoin depuis longtemps. La structure économique grecque est en « retard » comparativement aux autres pays industrialisés d’Europe. Son secteur manufacturier est anémique, son tertiaire avancé tout aussi peu développé. Et c’est sans compter qu’il y a encore du ménage à faire dans bien des aspects de son fonctionnement et de sa fiscalité. Mais ces problèmes structurels ne datent pas d’hier : ils remontent à l’époque de la Dictature des Colonels (1967-1974) voire même au régime autoritaire de Karamanlis (1951-1963). Notons, par exemple, que c’est sous son régime qu’a été instaurée en 1960 la protection constitutionnelle des armateurs qui sont exemptés d’impôts.

De Karamanlis à Papandréou, les gouvernements grecs de l’après-guerre n’ont à peu rien fait pour développer de manière structurante l’économie de leur pays. Voilà en quoi l’aide des membres de l’UE et de la zone euro n’a pas répondu aux objectifs de redistribution, d’allocation optimale des ressources ni de solidarité fédérale. Ce neuvième plan d’austérité ne fera qu’empirer les choses économiquement, le gouvernement grec risque fort probablement de faire faillite de toutes les manières et l’Europe, si tant est qu’elle survive, ne sera plus que l’ombre d’un souvenir.

Poursuivez votre lecture...
Enquête exclusive
Youri Chassin, la CAQ et le lobby du pétrole (1)
André Noël
18 septembre 2018
Élections provinciales 2018
La santé vue par Ruba Ghazal et Adis Simidzija
20 septembre 2018