Écosse

Le grand soir

Un Québécois en Écosse
Phyllis Buchanan

Ce soir, un épais brouillard est tombé sur Édimbourg, la capitale écossaise, un peu comme un écho du destin opaque de cette nation sans État.

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Le visiteur québécois n'est pas complètement étranger à ce qui se passe ici. « L'Écosse seule n'est pas rentable », « Pourra-t-on conserver la livre anglaise? », « Si on vote non, il y aura du changement », sont des choses que nous sommes habitués d'entendre dans la version québécoise du débat sur la question nationale.

Le non est, contrairement à ce que ses représentants aimeraient laisser entendre, une véritable force du statu quo.

Ici, tout le monde connait le Québec. Très souvent, on nous aborde dans la rue. « Oh, you're from Quebec, how did it go? » « So-so », qu'on leur répond la plupart du temps. C'est souvent le moment de leur expliquer que les promesses de changement du camp du non n'ont pas été remplies au Québec. Que le non est, contrairement à ce que ses représentants aimeraient laisser entendre, une véritable force du statut quo.

Pour un québécois souverainiste, peu importe le résultat qui sera annoncé dans quelques heures, il est relativement divertissant de voir le camp de non patauger en mode panique depuis les deux dernières semaines. Les trois chefs de partis sont venus tenter de faire peur une dernière fois avant le vote. Le premier ministre conservateur David Cameron a littéralement demandé aux écossais de ne pas amalgamer l'impopularité de son gouvernement avec l'impopularité de l'Union britannique. Ou encore quand la campagne du non a dû retirer des panneaux publicitaires qui disaient: « I vote no because I love my children ». Ah bon. Donc si je vote oui, c'est que je n'aime pas mes enfants? Quelqu’un dormait au gaz chez les unionistes. De la haute voltige politique.

Quand on y pense un peu, c'est tant mieux. Tant mieux que nos deux défaites servent à quelqu'un, servent à quelque chose.

L'exemple du Québec est en réalité un contre-exemple pour les stratèges du Oui. On se rappelle le pathétique épisode de la visite de Pauline Marois. Le premier ministre écossais Alex Salmond n'avait pas voulu la rencontrer formellement pour ne pas associer sa campagne avec le lourd héritage des deux défaites québécoises. Même le militant de Québec solidaire que je suis s'était senti un peu ébranlé par cette distanciation d'avec l’ex-première ministre. C'est comme si ma dignité de souverainiste était attaquée. Mais quand on y pense un peu, c'est tant mieux. Tant mieux que nos deux défaites servent à quelqu'un, servent à quelque chose.

Parce que si nos défaites ont servi les stratèges écossais, la victoire du oui pourrait servir le mouvement souverainiste québécois. C'est une question que les journalistes nous posent continuellement: « quel sera l'impact de cette campagne sur le Québec »? Force est de constater qu'on a rarement parlé autant d'indépendance dans le débat public au Québec que dans les deux dernières semaines. Une victoire du oui va nécessairement prolonger pour une longue période l'intérêt médiatique pour la question. Cet état de fait sera maintenu tout au long des négociations qui seront mises en place rapidement entre les gouvernements de Londres et d'Édimbourg.

L'indépendance de l'Écosse a le potentiel d'insuffler une bonne dose d'optimisme aux différents mouvements indépendantistes.

Un peu comme la Révolution russe de 1917 a donné espoir aux militants communistes du monde entier qu'une victoire était possible, l'indépendance de l'Écosse a le potentiel d'insuffler une bonne dose d'optimisme aux différents mouvements indépendantistes.

J'écris ces lignes au retour d'un genre du Moulin à paroles écossais. Un comédien a bien résumé la pensée politique écossaise après plus d'un an de débat sur l'indépendance de leur pays: « If we vote yes, there is a pretty good chance we'll get fucked. If we vote no, we definitely are going to get fucked! »

Ce texte est une lettre ouverte et ne reflète pas la position éditoriale de Ricochet.

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