Élection fédérale

L'extrême centre : le NPD

Photo: en.wikipedia.org

« Mon ami Jack Layton, je l'aime beaucoup, mais pense-t-il vraiment être en mesure de former le gouvernement? ». Cette phrase était prononcée dans presque tous les discours de Gilles Duceppe lors des dernières élections.

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En 2011, le chef du Bloc n'est pas le seul à trouver le parti orange bien sympathique, mais sans plus...Après une campagne du tonerre, le NPD devient ensuite l'opposition officielle, et, quatre ans plus tard, se retrouve en tête des sondages. Plusieurs diront que le cette montée est dûe à une modération de son discours . En fait, il semble plutôt que le NPD se soit radicalisé depuis le début de l'élection : il est devenu un parti d'extrême centre selon l’expression de Tariq Ali.

Pourquoi le NPD est en tête?

À la lumière des sondages électoraux, , on pourrait croire que le NPD fait actuellement une bonne campagne. Je pense, et je peux me tromper, que la première place qu'il occupe présentement lui vient de son travail solide dans l'opposition plutôt que de la qualité de sa campagne. C'est depuis sa prise de position courageuse sur C-51 que le NPD grimpe dans les sondages. Mulcair a fait ce qu'il croyait être juste, malgré l'appui populaire initial au projet de loi. Il a ensuite gagné le débat, et le public lui a donné raison. De plus, au même moment, la victoire du NPD de Rachel Notley en Alberta a démontré qu’il était possible pour les néodémocrates de battre un parti conservateur.

En débutant la campagne en première place, Mulcair a réussi à attirer le vote libéral dans son sillon. Ainsi, l'électorat non-conservateur, à défaut de pouvoir voter pour une coalition entre partis, se coalise autour du mot d’ordre « tout sauf Harper ». Rappelons que, lors de la dernière élection fédérale, 60 % de l'électorat n'a pas voté PCC.

Pourquoi le NPD fait-il une mauvaise campagne (jusqu'à maintenant)?

Il était frappant de voir le faux sourire et la sympathie exagérée de Thomas Mulcair au débat des chefs. On aurait dit un mauvais casting pour le rôle du mononcle sympathique. C'est le propre des campagnes de centre : créer un personnage de toutes pièces pour plaire à un électorat moins politisé. Mulcair a l'air faux : faussement sympathique, un faux sourire et une fausse gentillesse. Il ne montre pas ses réelles qualités, celles d’un homme intelligent, travaillant et rigoureux. C'est triste, mais Jack Layton est mort, et Thomas (Tom) Mulcair n'en est pas la réincarnation. Cela ne l'empêche pas pourtant d'être un excellent politicien...

Depuis le début de la campagne, on dirait qu'une équipe de marketing, auparavant affectée à la vente de yogourt, vient de prendre la place des stratèges politiques. Ce n'est pas parce que des études en marketing démontrent qu'un politicien, pour plaire à un grand groupe, doit posséder X ou Y qualités que tous les politiciens doivent être identiques. Et cela ne veut pas dire qu'il n'est pas possible de travailler l'image d'une personnalité. Toutefois, ce travail doit faire ressortir les points forts d'une personne, et non lui créer des qualités ex nihilo.

Un politicien du centre radical doit aussi utiliser une série de mots « gentils » pour vendre ses idées moins populaires. Ainsi apparaît « développement durable » à côté de « sables bitumineux ». Il faut aussi éviter de répondre franchement aux questions : le NPD n'est ni à gauche ni à droite, il est progressiste. Citant autrefois Margaret Tatcher, Tom Mulcair ne dit pas s'il a changé d'idée ou non : il est pour la défense des services à la population. Il faudrait simplement rappeler que c'est aussi un argument dont se sert le PLQ pour appliquer des politiques d'austérité au Québec.

Un nouveau public-cible

Les scandales associés aux Conservateurs ouvrent la porte à un changement d'allégeance de certains électeurs. Pour une première fois depuis le départ de Paul Martin, il est désormais possible de jouer sur le terrain économique des conservateurs. Le NPD semble avoir saisi cette chance pour séduire l'électorat de la banlieue de Toronto. Équilibre budgétaire, plus de police dans nos rues, réduction de l'impôt des entreprises : le NPD avait-il besoin d'aller si loin? N’est-ce pas en donner plus que le client en demande? Dans un contexte de récession économique, et donc, de réduction des revenus de l'État, est-ce une bonne idée de vouloir à tout prix équilibrer le budget dans la première année du mandat?

Le NPD, après un travail d'opposition convainquant, nous amène sur le terrain d'une campagne ennuyante. Il ne faut pas oublier une chose : au Canada, nous avons le champion du monde de la politique d'extrême centre : sur ce terrain, Justin Trudeau sera difficile à battre. Mystérieusement, personne ne s'en occupe ces temps-ci, et il continue de monter dans les sondages. Regardez-le prendre un enfant, regardez-le prononcer des phrases vides : lui, au moins, a l'air d'y croire. Et il est bon.

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