Parti québécois

Le pari hasardeux de PKP

Photo: commons.wikimedia.org

Les pancartes électorales du Bloc Québécois ont commencé à fleurir un peu partout au Québec, mettant de l’avant un Gilles Duceppe souriant sous un slogan sans ambigüité et qui place résolument la campagne bloquiste sous le thème de l’indépendance : « Qui prend pays prend parti ».

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Alors qu’auparavant la formation souverainiste avait fait du thème consensuel de la « défense des intérêts du Québec » son principal axe de campagne, voilà qu’elle semble plutôt décidée à s’adresser aux seuls électeurs souverainistes en faisant un appel émotif à leur allégeance de cœur. Pendant que Gilles Duceppe et ses troupes en appellent à la mobilisation des indépendantistes, Pierre-Karl Péladeau, qui n’a pas hésité à enfourcher son vélo et à s’afficher aux côtés du chef bloquiste aux premiers jours de la campagne, souffle déjà le chaud et le froid quant aux conséquences à tirer d’une inéluctable victoire néodémocrate au Québec qui se profile à l’horizon. Alors que les grandes manœuvres électorales commencent à se mettre en place, le chef péquiste semble déjà préparer l’opinion publique à un repli stratégique.

De passage au Bas Saint-Laurent il y a quelques jours, le chef péquiste affirmait « qu’il ne faudrait pas tirer de conclusions du résultat » du scrutin d’octobre, affirmant qu’il était normal pour le Parti Québécois de s’engager aux côtés du Bloc dans la présente campagne. Si le PQ a certes appuyé son allié fédéral par le passé, force est de constater que cet appui s’est plutôt transformé cet été en véritable opération de sauvetage du navire bloquiste, alors que la permanence nationale du Parti Québécois semble avoir décidé de prêter ses lieutenants aux troupes de Gilles Duceppe.

L’organisateur de la campagne à la chefferie de Pierre-Karl Péladeau, Alain Lupien, est désormais aux commandes de la campagne bloquiste alors que Mathieu Renaud-St-Amand, attaché politique de Bernard Drainville, suit désormais le chef bloquiste sur les routes du Québec. Les députés péquistes multiplient les apparitions aux côtés de Duceppe, prenant bien souvent le relais de candidats qui en sont à leurs premières passes d’armes politiques et qui sont pour la plupart inconnus de leurs concitoyens. Avec un tel degré d’engagement de la part des troupes péquistes et avec une stratégie de campagne qui s’articule principalement autour du thème de l’indépendance, il deviendra difficile pour le chef péquiste de temporiser une défaite plus que probable du Bloc.

Un chef affaibli

Péladeau a tenté de réaliser la quadrature du cercle politique : ou son parti se tenait à distance raisonnable de la campagne bloquiste en ne lui fournissant qu’un soutien logistique (au risque de se voir accuser de désertion par ses alliés souverainistes), ou il misait quitte ou double en s’engageant résolument sur le champ de bataille, s’exposant cependant à des conséquences encore plus importantes en cas de défaite. Car il s’agit bien d’un coup de dé, d’un pari hasardeux auquel le chef péquiste s’est livré. En effet, il est fort peu probable que le retour de Gilles Duceppe ait été rendu possible sans que Péladeau n’avalise personnellement le désir de ce dernier de revenir sur le devant de la scène politique et ne l’assure de son soutien actif. De deux choses, l’une : ou le chef péquiste est un stratège audacieux qui fera mentir la tendance lourde et défavorable des sondages des quatre dernières années – ce qui serait sans doute la plus grande surprise politique de l’année! – ou l’inquiétant manque d’instinct politique de ce dernier risque d’affaiblir encore plus son propre camp et une option politique qui peinait déjà à se renouveler.

En effet, il est fort peu probable que le retour de Gilles Duceppe ait été rendu possible sans que Péladeau n’avalise personnellement le désir de ce dernier de revenir sur le devant de la scène politique et ne l’assure de son soutien actif.

Une chose est sûre : après les défaites successives aux élections partielles de Jean-Talon et de Chauveau et avec une possible vague orange qui risque de déferler dans un mois sur le Québec, Pierre-Karl Péladeau ne pourra plus esquiver la nécessité d’expliquer ces résultats ou du moins, d’en tirer les conclusions politiques que le Bloc a refusé d’envisager ces quatre dernières années. Tout comme les souverainistes n’auraient pas manqué d’affirmer que l’élection d’une députation bloquiste à Ottawa signifierait un regain pour leur option, les ténors fédéralistes ne manqueront pas d’envoyer pour une énième fois la souveraineté au cimetière des idées politiques. En faisant seulement reposer leur naufrage de 2011 sur la supposée vague « irrationnelle » de sympathie envers Jack Layton, le Bloc Québécois a misé sur un retour du balancier politique – semblable à la montée puis à la déconfiture de l’ADQ – qui n’est jamais venu. La formation souverainiste a échoué à voir que Jack Layton n’a fait que canaliser un réel désir de changement qui n’avait pas encore trouvé de véhicule crédible pour s’exprimer. Si le Bloc devait subir le même sort au soir du 19 octobre, les souverainistes devront comprendre que leur combat politique devra se transporter sur le seul terrain de Québec, alors que la balle se trouvera à nouveau placée dans le camp fédéraliste. Vox populi, vox dei. Quant à Péladeau, il sortira inévitablement affaibli de cette campagne et son étoile de chef charismatique et invincible continuera à pâlir, de plus en plus…

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