Élections fédérales

Mi-campagne: où en sont les partis

Photo: Jeanne18

Une campagne électorale normale aurait commencé cette semaine, mais Stephen Harper a décidé de nous offrir un 2 pour 1. Voyons où en sont les partis alors que la campagne est appelée à prendre de la vitesse.

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Le Bloc québécois fait de la politique un peu comme une équipe de hockey qui perd 4-0 en troisième période: elle joue pour l’honneur et donne tout ce qu’elle a. On dirait même que la formation politique souverainiste a publicisé un slogan pour l’occasion: «On a tout à gagner.» Je m’imagine le brainstorm, après quelques heures à tourner en rond:

− On pourrait dire qu’on n'a rien à perdre.

− Ben non! On a tout à gagner!

− OK, on l’a.

Le Bloc ne remontera pas la pente, mais il pourrait commencer à causer des maux de tête au NPD, alors que les conservateurs sont en troisième place dans les sondages. La menace étant écartée, si Thomas Mulcair continue à faire une campagne incohérente, il se pourrait bien que le Bloc lui vole quelques sièges.

Le NPD commence à être dans le pétrin. Un sondage Nanos place Tom Mulcair deuxième derrière Justin Trudeau. Si cette tendance se concrétise, il faut le voir comme une punition. Le NPD fait une campagne plus au centre que ce qui est nécessaire pour gagner. Cela peut même provoquer certains étourdissements: les libéraux ont eu, dans les dernières semaines, un discours économique plus à gauche que le NPD. Plusieurs progressistes pourraient très bien avoir un mal de bloc le jour de l’élection et tout simplement rester chez eux, surtout si la victoire semble hors de portée des conservateurs. Mulcair devrait mettre moins d’énergie à faire de faux sourires et démontrer, encore une fois, qu’il est le plus compétent pour gouverner le Canada. Fort heureusement pour le NPD, les débats à venir pourraient lui permettre de corriger le tir. D’ailleurs, le dernier sondage Nanos estime que 52% de l’électorat des verts a le NPD comme deuxième choix. Ils sont peut-être là, les points qui manquent pour obtenir la première place… et non auprès de l’électorat conservateur.

Les conservateurs font la pire campagne depuis la fusion de l’Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur en 2003. Même leurs publicités négatives ne sont pas bonnes. La dernière «On ne peut pas se payer le NPD», en plus d’être extrêmement grossière – d’habitude, les conservateurs sont vicieux, mais un peu plus subtils –, est plutôt à double sens. Quand je dis que je ne peux pas me payer quelque chose, c’est tout de même quelque chose que je veux: dire «je ne peux pas me payer ce restaurant-là» signifie que je souhaiterais y manger. Malheureusement pour les conservateurs, l’électorat ne paye pas pour faire un X sur un bulletin de vote en fonction du coût des promesses électorales du parti qui obtient sa faveur.

Tout va mal pour eux: au moment où le scandale Duffy s’éclipsait de l’espace public en arrive un nouveau entourant l’accueil de réfugiés. Une crise qui est encore une fois… mal gérée. Harper a renforcé son image de personne insensible (ça, tout le monde le sait), mais aussi celle d’un chef qui commence à être sérieusement dépassé par les situations. Il fait preuve d’une grande difficulté à répondre aux attentes du public.

Les libéraux ont présentement le vent dans les voiles, et ce n’est pas juste à cause du recentrage maladroit du NPD. Les deux autres principaux partis ont tellement fait baisser les attentes par rapport à Justin Trudeau que le simple fait qu’il mène une campagne «correcte», sans trop d’imbécillités, surprend positivement l’électorat. Les choses risquent cependant de se corser pour le chef libéral: remonter dans les sondages rime aussi avec subir les attaques des adversaires. Maintenant qu’il a démontré qu’il n’était pas un cancre, Trudeau doit répondre aux nouvelles attentes de l’électorat. Il doit démontrer, lui aussi, qu’il est prêt à gouverner.

Les verts sont peu présents dans les médias francophones. Le parti qui se dit «ni à gauche ni à droite» – même si la plate-forme électorale déposée cette semaine penche beaucoup plus à gauche qu’à droite – a fait bonne figure dans le premier débat des chefs par la performance de sa leader. La niche électorale d’Elizabeth May se trouve surtout du côté de l’électorat désabusé par la politique et de celui déçu par le NPD. Les verts devront tenter de s’imposer comme la nouvelle conscience du parlement, titre dévolu historiquement au NPD.

Finalement, je continue à dire que Jean-François Fortin de Force et démocratie sera élu.

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