Élections fédérales

La religion est l'opium du peuple

Photo: Stephen Harper - Flickr

Après avoir affirmé qu'un « Québec indépendant aurait depuis longtemps envoyé des troupes au sol en Syrie », le Bloc québécois est devenu une honte nationale avec sa dernière publicité, référant au serment de fidélité à la reine d'Angleterre. La publicité ne porte pas sur la reine, non, mais plutôt sur une goutte de pétrole qui se métamorphose en niqab.

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Rappelons quelques éléments sur le jugement qui a provoqué tout ce tumulte:

  1. Il ne concerne qu’une seule personne.
  2. Il blâme le conseil des ministres pour un abus de pouvoir.
  3. Ce n'est donc pas un jugement sur le fait de porter un niqab lors d'une cérémonie d'assermentation, mais bien sur la façon dont un ministre l'a interdit par décret.
  4. Toutes les occasions sont bonnes pour récupérer à son avantage une situation touchant des points sensibles.
Le problème, c’est la façon dont l’enjeu est utilisé dans l’espace public.

Soyons clairs. Ce n’est pas le fait d’être pour ou contre le serment à visage couvert qui est un problème. Il y a des bons arguments en faveur, il y a des bons arguments en défaveur. Le problème, c’est la façon dont l’enjeu est utilisé dans l’espace public.

L’art de voiler les problèmes

Il est frappant de voir à quel point un jugement concernant essentiellement deux personnes (Steven Blainey et la femme en question) fait les manchettes durant plusieurs jours, alors que notre pays n'a jamais autant pollué, n'a jamais eu une aussi mauvaise réputation à l'international et n'a jamais été aussi inégalitaire. Ajoutons à cela que nous sommes en récession. Mais ce qui attire l'attention, c'est un niqab.

Une petite partie de moi en tire une certaine satisfaction : un autre exemple frappant pour démolir ces apôtres de la théorie du choix rationnel, qui affirment sans cesse que tous nos comportements sont dictés par un intérêt financier. Mais j'ai aussi l'impression de revivre, à la manière canadienne (ce qui rend la chose encore plus pénible), le débat sur la Charte des valeurs.

Ce débat qui suscite les passions est un cadeau du ciel pour les conservateurs et le Bloc québécois. Pour les Tories, cela rappelle à sa base électorale que malgré tous les scandales entourant Stephen Harper, elle est aussi bien d'aller voter. Sinon, tout le monde portera un niqab. Pour le Bloc, c'est une nouvelle façon d'attaquer Thomas Mulcair et de parler à ce bon vieux fond conservateur de la belle province. C'est une chose que Gilles Duceppe avait toujours refusé de faire. En effet, il faut se rappeler sa position très nuancée sur la Charte des valeurs. Aujourd'hui, Duceppe courtise la même base électorale que Stephen Harper avec une publicité négative, qui en plus, est contre le pétrole. Logiquement, il n'y a rien à comprendre, mais politiquement, le Bloc a mystérieusement monté dans les sondages.

La conséquence d’une stratégie

Nous sommes en présence d’un autre paradoxe du centre politique. Quand tous les partis modèrent leur discours pour gagner la bataille du centre, la politique devient fort ennuyeuse. Les médias, pour gonfler les cotes d’écoute, et les partis, pour augmenter leur visibilité médiatique, finissent par miser sur ce genre d’enjeux « spectaculaires ». Alors nos politiciens, à coup de formules vides, réussissent à évacuer toute la politique au profit d’une colonne de chiffres, et le niqab devient tout à coup un morceau de tissu passionnant. La preuve que modérer son discours n’aboutit pas toujours à un débat intelligent.

Quand tous les partis modèrent leur discours pour gagner la bataille du centre, la politique devient fort ennuyeuse.

Fort heureusement pour la politique, ce genre d'enjeu finit toujours par se faire dépasser par d'autres. Un peu comme une petite crise émotive qu'une fois terminée, nous fait prendre conscience qu'on s'est peut-être un peu trop emporté. Si nous étions une semaine avant le jour du vote, la réélection des conservateurs – désormais premiers dans les sondages – serait presque assurée. Par chance, il reste un mois de campagne. Il faut espérer que, d’ici là, nous aurons retrouvé nos esprits.

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