Vallée de la Broadback

Mandy Gull : portrait d’une battante

Simon Couturier

Sur invitation des Cris de Waswanipi, Émile Duchesne a passé cinq jours sur le territoire d’Eeyou-Istchee en compagnie d’une délégation de Cris. Il a documenté pour Ricochet les ravages des coupes forestières sur le territoire cri, mais aussi la beauté de la rivière Broadback, l’un des derniers segments de forêt boréale vierge au Québec. Durant ces cinq jours, Émile Duchesne a aussi été témoin du mode de vie des Cris et de leur détermination à sauver ce qu’il reste d’intact sur leur territoire.

Dernier d’une série de trois, cet article dresse un portrait de Mandy Gull, chef adjointe et l’une des seules femmes élues au Conseil des Cris de Waswanipi. Mandy fait partie de ces jeunes autochtones qui ont choisi de mettre à profit l’éducation qu’ils ont reçue à l’université pour préserver le patrimoine et la spécificité culturelle des peuples autochtones.

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« J’ai demandé à mon grand-père si les Cris avaient déjà fait la guerre. Il m’a dit que son grand-père lui avait raconté qu’une fois, un autochtone venant du Sud était arrivé avec les commerçants de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Cet homme-là était vraiment agressif et avait toujours sa hache avec lui. Les Cris ne connaissaient pas ça. C’était un comportement qui leur était totalement étranger. On est vraiment un peuple pacifique. Même aujourd’hui, personne ne s’est jamais engagé dans l’armée sauf une seule. » — Mandy Gull, chef adjointe au Conseil de Cris de Waswanipi.

Conjuguer tous les rôles

Diplômée en science politique, Mandy Gull a travaillé longtemps au conseil de bande avant de se présenter comme conseillère. « Il y a très peu de femmes élues dans les communautés cries. J’ouvre la voie en quelque sorte » explique Mandy.

La vie de tous les jours comme élue au conseil représente son lot de défis : « C’est vraiment un travail exigeant. On est chef 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Les gens viennent souvent se confier à nous et il est de notre devoir de les écouter. On s’attend à faire du travail plus politique, mais on se retrouve à gérer les problèmes sociaux de la communauté et a résoudre les conflits » raconte Mandy. Un tel travail se révèle très difficile au plan personnel : « Il faut être capable de prendre de la distance. Quand je pars en forêt, je suis capable de mettre ça de côté et de me ressourcer » renchérie-t-elle.

On est chef 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Les gens viennent souvent se confier à nous et il est de notre devoir de les écouter. On s’attend à faire du travail plus politique, mais on se retrouve à gérer les problèmes sociaux de la communauté et a résoudre les conflits »

L’éveil au vote électoral

C’est à travers ses études en sciences politiques que Mandy Gull s’est intéressé à la politique fédérale : « J’ai commencé à voter à l’âge de 24 ans. Avant ça, je ne me sentais pas concernée par ce qui se passait sur la scène politique » explique Mandy. « J’ai ensuite essayé de convaincre mes amies d’aller voter et de leur expliquer l’importance de la politique. Disons que ça n’a pas beaucoup marché! » raconte Mandy en riant.

De l’aveu de Mandy, les gens dans la communauté de Waswanipi ne sont pas portés à aller voter : « Mes grands-parents n’ont jamais voté de leur vie. C’était quelque chose qui ne faisait pas partie de leur vie » explique-t-elle. Par contre, la communauté s’est mobilisée lors des dernières élections et plusieurs Cris ont décidé d’aller voter : « Le fait que Roméo Saganash, originaire de Waswanipi, se soit présenté pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) a intéressé les gens à la politique. Ils se sentaient plus concernés. Des groupes de discussion se sont formés sur Facebook pour parler des élections. Mais les gens ne s'intéressent pas à tous les enjeux. Ce sont surtout les questions autochtones retiennent leur attention. Disons que les dépenses dans l’armée, ce n’est pas leur tasse de thé! » raconte Mandy.

« Le fait que Roméo Saganash, originaire de Waswanipi, se soit présenté pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) a intéressé les gens à la politique.

En ce moment, la même situation est en train de se reproduire alors que Roméo Saganash tente de se faire réélire cette année dans la circonscription d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou.

L’importance des femmes autochtones à Waswanipi

Comme partout au Canada, le problème des femmes autochtones assassinées et disparues résonne dans la communauté de Waswanipi : « Je sens vraiment que les femmes autochtones sont un groupe à haut risque au Canada » se désole Mandy Gull. « Cette année, une femme de Mistassini est disparue à Montréal. Ce qui a été unique dans ce cas, c’est que toute la nation crie s’est unie pour retrouver notre sœur disparue. Nous avons envoyé des prières et organisé des groupes de discussions et de soutien. Nous avons beaucoup supporté la famille de la disparue. Quand notre sœur a finalement été retrouvée, nous lui avons offert tout le soutien possible » raconte Mandy.

Dans la culture crie, c’est le rôle des femmes de protéger l’eau. C’est pourquoi la protection de la vallée de la rivière Broadback revêt une importance capitale pour les femmes de Waswanipi : « Les femmes sont reconnues comme les protectrices des eaux parce que l’eau est source de la vie. Oui, la problématique de la Broadback est une question d’arbres et de régime forestier, mais on oublie souvent que le sol protège l’eau de nos lacs et de nos rivières. Si on veut préserver la qualité de notre eau, il faut protéger la forêt » explique Mandy Gull.

« Les femmes sont reconnues comme les protectrices des eaux parce que l’eau est source de la vie. Oui, la problématique de la Broadback est une question d’arbres et de régime forestier, mais on oublie souvent que le sol protège l’eau de nos lacs et de nos rivières. Si on veut préserver la qualité de notre eau, il faut protéger la forêt »

Mandy souhaite attirer l’attention sur un volet du programme Nishiiyuu Miyupimaatisiiun, qui vise les femmes de la communauté. Le projet cherche à revivifier les savoirs traditionnels entourant la grossesse et le soin des bébés. Clara Cooper, responsable du projet, explique la démarche : « Nous avons fait des entrevues avec plus de cent aînés à travers les neuf communautés cries. Pour les aînés, chaque enfant est un cadeau et doit faire l’objet de la plus grande appréciation possible. Nous faisons un suivi avec chaque mère pour s’assurer qu’elles ne fument pas et ne consomment pas d’alcool pendant leurs grossesses. Nous leur donnons également un sac avec tous les items que les aînés utilisaient. Nous leur apprenons à s’en servir afin que ce savoir ne disparaisse pas » explique-t-elle.

Mandy Gull a encore quatre ans à faire pour effectuer son mandat au conseil. La protection de la vallée de la rivière Broadback et le logement sont ses principaux chevaux de bataille.

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