Manifestation du Front commun

La négociation ou la grève

Gabrielle Brassard-Lecours

Avec en tête de file une bannière aux grandes lettres orange qui déclinait la phrase « Avec nous, c’est public », plus de 150 000 personnes sont descendues dans les rues de Montréal le 3 octobre afin de manifester pour le maintien des services publics et l’amélioration des conditions de travail des travailleurs et des travailleuses du secteur public.

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Le Front commun regroupe le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ). Cette alliance des grandes centrales a donné rendez-vous à ses membres et à la population de partout au Québec au pied du parc du Mont-Royal afin de faire pression sur le gouvernement.

Présentement en négociation de ses conventions collectives avec le gouvernement de Philippe Couillard et en litige sur la question des offres salariales et des régimes de retraite, l’appel du Front commun est sans équivoque : négocier, sinon, il ira en grève dans les prochaines semaines. La porte-parole du SISP, Carole Dubé, confirme que « La grande participation à cette manifestation est à l’image de ce que nous voyons présentement dans nos instances : un haut taux de participation au vote de grève ». Elle espère que ce nouvel appel à prendre la rue sera vu et entendu par le ministre et qu’il en prendra compte à la table des négociations.

Mais sur la scène où se termine la manifestation, le porte-parole et président de la FTQ se veut plus combattif :« On négocie sérieusement ou on fait la grève. Nous n’avons pas de petit mandat, avec des assemblées qui votent à 80 %, 90 % et 95 % en faveur de la grève », scande Daniel Boyer. Le porte-parole appelle également tous les membres du Front commun partout dans la province à augmenter la pression à partir de cette semaine en organisant des activités de perturbation économiques. Il ajoute : « Nous ne voulons pas aller en grève, M. Coiteux. On veut régler, on veut négocier, on veut pas niaiser, mais il faudrait que les “babines suivent les bottines” et si ça ne débloque pas, notre mobilisation sera à la hauteur de votre arrogance ».

« On négocie sérieusement ou on fait la grève. Nous n’avons pas de petit mandat, avec des assemblées qui votent à 80 %, 90 % et 95 % en faveur de la grève »

« Il s’agit de l’une des plus grandes manifestations dans l’histoire des Fronts communs au Québec », affirme le président de la CSN, Jacques Létourneau. « M. Couillard, si vous n’entendez pas le message des travailleurs et des travailleuses du Front commun et du secteur public, ce ne sera qu’un début, et nous continuerons le combat! », scande-t-il devant la foule rassemblée devant la scène aménagée pour l’occasion.

Les travailleurs et travailleuses, accompagnés de leurs proches et provenant de tous les coins du Québec, ont répondu à l’appel des syndicats dans un esprit festif et pacifiste. Sur les pancartes, on pouvait lire « Couillard est un boulet pour Québec », « Couillard, vas-tu régresser jusqu’à la FESSÉE? », ou « M. Couillard, y a-t-il des enseignants dans votre famille? », « Ce qui compte ne se compte pas », « Avec nous pour préparer l’avenir ».

Gabrielle Brassard-Lecours

« Je suis contente d’être ici, c’est important de faire entendre au gouvernement que ce qu’on fait, c’est important et qu’on tient à donner des bons services à la population, mais que pour ça, il faut que ce soit fait dans le respect de notre propre travail. Et s’il faut faire la grève, on va la faire, on est prêts », explique Louise, infirmière dans un hôpital de la métropole.

Les étudiant-e-s au rendez-vous

<<Un contingent de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) s’est joint à la manifestation. Leur présence s’est fait sentir avec le déploiement d’une grande bannière.

« Pour nous, ce n’est pas une grève des dépenses, mais une grève des revenus. Nous tenions à venir appuyer les travailleurs et les travailleuses du secteur public, dans une perspective de lutte globale contre l’austérité », explique Hind Fazazi, porte-parole de l’ASSÉ.

Nous tenions à venir appuyer les travailleurs et les travailleuses du secteur public, dans une perspective de lutte globale contre l’austérité »

La manifestation du 3 octobre s’inscrivait dans un plan d’action que l’ASSÉ a mis en place pour l’automne à travers lequel elle compte mettre elle aussi la pression sur le gouvernement, plus précisément dans le domaine de l’éducation. « Nous tenons un congrès à la fin du mois pour déterminer les spécificités de la grève, mais nous appelons à une mobilisation globale, particulièrement avec les rassemblements syndicaux en éducation ».

Les députées Françoise David, Amir Khadir et Manon Massé, ainsi que le co-porte-parole Andrès Fontecilla, de Québec solidaire, ont également accompagné la marche syndicale.

Après un concert musical de la fanfare Pourpour et les allocutions des porte-paroles, la manifestation s’est terminée par un spectacle du chanteur Yann Perreau.

Des milliers de personnes dans la rue le 3 octobre 2015

Si les négociations ne débouchent pas, la plupart des mandats de grève votés par les syndicats se concrétiseront par six jours de grève rotatifs. Le Front commun représente 400 000 travailleurs et travailleuses des réseaux de la santé et des services sociaux, de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la fonction publique du Québec.

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