Marches à la mémoire des femmes disparues ou assassinées

Soeurs par l'esprit

Mélissa Mollen-Depuis

Une autre année, une autre marche, une autre vigile pour demander une commission d’enquête sur les cas des femmes assassinées et disparues. Dix ans déjà. Certains des bébés que je voyais arriver en poussettes portent maintenant des pancartes. Les mêmes visages qu’il y a dix ans et plusieurs nouveaux qui se rajoutent par solidarité, depuis qu’on parle de plus en plus du sujet.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

En 2006, le début de la marche coïncidait avec l’ouverture du procès de Robert Pickton, accusé du meurtre de 26 femmes, dont les restes ont été retrouvés sur sa ferme de Port Coquitlam en Colombie-Britannique. Ces femmes avaient disparu du Downtown Eastside de Vancouver, l’un des coins les plus « chauds » de la ville et reconnus pour sa population d’itinérant-e-s et de prostitué-e-s. Il faut dire que Pickton avait bien choisi ses victimes : des prostituées, en majorité autochtones. Personne ne sonne d’alarme pour des prostituées, encore moins si elles sont autochtones…

À l’époque, la médiatisation des détails des horreurs qu’ont subies ces femmes m’avait révoltée et poussée à débuter cet engagement annuel pour demander une commission d’enquête. Et pas uniquement pour mettre au jour les détails du modus operandi du meurtrier, qui avait passé les corps dans un broyeur pour les faire disparaître en les donnant en pâture aux porcs de son élevage. Mais parce que ce qui me révoltait par - dessus tout, c’était le nombre d’années pendant lesquelles il avait pu sévir – pas parce qu’il était particulièrement rusé, mais parce qu’aucune alarme n’avait été déclenchée malgré le fait que des dizaines de femmes disparaissaient.

Cette histoire a été le premier pan levé sur le cas des femmes autochtones assassinées et disparues; l’inaction de la police, le désintérêt du gouvernement, le silence des médias et l’ignorance du grand public. On trouve là une longue chaine qui a facilité l’impunité de criminels ou l’apathie des enquêteurs, qui ont fixé le chiffre officiel, à ce jour, à plus de 1200 femmes autochtones assassinées et disparues à travers le Canada. Les chiffres non officiels, eux, s’élèvent à plus de 3000 cas.

Même en 10 ans, après le procès hyper médiatisé d’un des plus grands tueurs en série de l’histoire du Canada, et suite à des rapports accablants fusant de toutes parts et des demandes officielles pour une enquête nationale sur ces meurtres et disparitions, rien n’a été enclenché. D’ailleurs, lors d’une entrevue en 2014, le premier ministre Harper avait dit, suite à une question sur les femmes autochtones assassinées et disparues, que le sujet n’était « pas très haut sur notre radar ». On pourrait penser que l’année qui vient de s’écouler l’aurait porté à réfléchir – vous savez, après la Commission Vérité et Réconciliation –, mais non, notre premier ministre maintient sa position en disant du sujet qu’on l’avait « étudié à mort ». Quel lapsus…

Même en 10 ans, après le procès hyper médiatisé d’un des plus grands tueurs en série de l’histoire du Canada, et suite à des rapports accablants fusant de toutes parts et des demandes officielles pour une enquête nationale sur ces meurtres et disparitions, rien n’a été enclenché.

Dix 10 ans plus tard, bien des choses ont changé, mais beaucoup sont restées les mêmes. En cette période électorale, on aurait pu espérer, que dis-je, être en droit, d’exiger que le sujet soit enfin lancé dans l’arène et débattue par tous les partis et leurs représentants; que les Chefs, les organismes autochtones, le « grassroot » et les familles des femmes assassinées et disparues soient invités à questionner ces politiciens si intéressés à acquérir tous les nouveaux votes qui risquent de sortir cette année pour contrer le gouvernement de M. Harper. Mais, en ce moment, le niqab voile la question et occulte toute discussion sur cette importante question, même quand elle fait partie des enjeux lors des débats télévisuels.

J’espère sincèrement que l’année prochaine, une onzième marche ne soit pas nécessaire et que le rassemblement soit remplacé par une célébration, car une commission sera enfin enclenchée. Je me plais souvent à casser du sucre sur le dos de M. Harper, mais je sais aussi qu’il n’est qu’un symptôme, car peu importe qui gagnera ces élections, on restera le même Canada dans lequel une telle situation a pu dégénérée. Ce Canada-là ne peut être celui que l’on trouve acceptable pour nos enfants. Je n’ai pas du tout envie que ma fille soit obligée de porter une pancarte dans 10 ans parce qu’elle est femme et autochtone au Canada.

Poursuivez votre lecture...
Harcèlement sexuel
La «liberté d’importuner», ce droit fondamental
Raphaëlle Corbeil
11 janvier 2018
politique municipale
Budget Plante: les propriétaires doivent-ils presser le bouton «panique»?
Céline Hequet
11 janvier 2018