Partenariat transpacifique 

L'austérité comme projet de société

Photo: Gouvernement du Chili

Le Parti conservateur présentera le Partenariat transpacifique (PTP), une entente de libre-échange entre 12 pays en Amérique du Nord, du Sud et en Asie qui vient d’être signé, comme une bonne nouvelle.

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Ça sera effectivement une bonne nouvelle si vous êtes une entreprise multinationale ou si vous êtes un investisseur. Les grandes entreprises pourront déplacer leur production là où c’est le moins cher pour eux de produire. Elles pourront choisir le pays, entre les 12 signataires, où les impôts et les salaires sont les plus bas et où les subventions sont les plus élevées.

Les investisseurs pourront transporter leur argent, sans tarifs douaniers, entre encore plus de pays. Ils pourront acheter des actions étrangères à moindre coût et pourront élaborer de nouvelles stratégies fiscales afin de payer encore moins d’impôts. De plus, cet accord va consolider beaucoup d’industries et favoriser, de façon générale, les entreprises. Leurs actionnaires feront encore plus d’argent.

Par contre, si vous êtes travailleur, agriculteur ou si vous avez besoin de médicaments ou de services publics dans votre quotidien, le Partenariat transpacifique n’est pas une bonne nouvelle.

D’abord, permettre aux compagnies de délocaliser leurs usines n’est pas une bonne nouvelle pour les travailleurs du Canada et du Québec qui devront compétitionner avec les travailleurs du Vietnam. Les 1300 travailleurs de l’usine Electrolux de l’Assomption ou les 80 travailleurs de l’usine MDF de la Baie ont payé le prix cher de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui a ouvert le libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Avec le PTP, cette dynamique va s’intensifier.

Pour les agriculteurs, l’impact du PTP se fera sentir encore plus directement, en particulier si le système de gestion de l’offre (qui limite la capacité des entreprises à produire afin de stabiliser les prix et les revenus pour les agriculteurs) est mis à mal. Les gros joueurs, en particulier les entreprises qui pratiquent l’agriculture industrielle, peuvent se permettre d’augmenter de façon importante leur production et peuvent soutenir un prix beaucoup plus faible que les fermes familiales. Ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui pourraient être perdus au Canada au profit des grandes entreprises agricoles américaines.

Lorsqu’il est question des traités de libre-échange, les impacts pour les travailleurs et les agriculteurs sont souvent les seuls aspects dont on parle dans l’espace public. Par contre, ces accords ont d’autres impacts importants pour la population. D’abord, ça aura comme conséquence d’augmenter le prix des médicaments. Le PTP permettra d’augmenter la durée et l’étendue des brevets pharmaceutiques, empêchant pendant plus d’années les compagnies de médicaments génériques de « copier » les médicaments et de mettre sur le marché une version beaucoup moins coûteuse du médicament. Une hausse importante des coûts d’assurance médicament est à prévoir. Pour le gouvernement du Québec, le PTP augmentera de plusieurs dizaines de millions de dollars le coût de l’assurance médicament publique.

Le PTP aura aussi des conséquences importantes pour nos entreprises publiques. Il favorisera la privatisation de Radio-Canada et de Postes Canada ainsi que les différentes entreprises publiques des provinces (au Québec, pensons à la SAQ, Loto-Québec et Hydro-Québec). De telles privatisations auront des conséquences importantes non seulement sur les finances publiques, mais aussi sur les conditions de travail de l’ensemble des travailleurs. Le tout, sans compter les risques de privatisation dans les services de santé et d’éducation.

Finalement, le PTP accélérera l’austérité permanente que nos pays connaissent. Il forcera les États à faire encore plus de concessions fiscales aux entreprises et à privatiser certaines entreprises publiques. Cela diminuera les revenus de nos gouvernements. En faisant pression à la baisse sur les conditions de travail, il sera plus difficile pour les gouvernements de financer les services publics par les impôts sur le revenu. Non seulement ces accords diminuent les revenus des gouvernements, mais il en augmente aussi les dépenses. La facture de médicaments augmentera, les travailleurs qui perdront leur emploi ou leurs entreprises feront augmenter les coûts de services sociaux et de l’assurance-emploi. Pour répondre à l’environnement économique que crée le PTP et les autres traités de libre-échange (comme l’ALENA ou le Traité de libre-échange Canada-Union Européenne signé l’an dernier), nos gouvernements seront poussés vers encore plus d’austérité. Le gouvernement qui sera élu le 19 octobre prochain aura un impact déterminant sur l’intensité de la cure minceur que nous subirons dans les prochaines décennies.

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