Eaux usées dans le St-Laurent

Circulez, y’a rien à voir

Photo: Pierre Bona

La saga abracadabrante du déversement de huit milliards de litres d’eau usée de la Ville de Montréal dans le fleuve Saint-Laurent met à l’avant de la scène médiatique l’importance que peut prendre pour une région métropolitaine la gestion de ses déchets. Au-delà de l’anecdote – aux conséquences, certes, importantes – les vives réactions face à cette annonce en disent long sur notre rapport aux impacts qu’a notre vie matérielle et économique sur l’environnement.

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Ce concept cherche à briser la linéarité classique de la production-consommation capitaliste en intégrant diverses formes d’économie alternative : économie du partage, la coproduction, le recyclage, l’économie collaborative, la consommation locale, la réutilisation d’objets autrement devenus déchets, utilisation d’énergies renouvelables, etc. Au-delà du « buzzword », on retrouve dans ce concept une quête pour une organisation de notre vie matérielle qui soit véritablement durable et qui ne cherche pas simplement à mitiger les impacts négatifs de la production économique. Les acteurs qui animent cette réflexion s’inspirent du fonctionnement des écosystèmes qui évoluent sous cette logique circulaire.

Au-delà du « buzzword », on retrouve dans ce concept une quête pour une organisation de notre vie matérielle qui soit véritablement durable et qui ne cherche pas simplement à mitiger les impacts négatifs de la production économique.

Des solutions communautaires

Sept grands principes guident l’économie circulaire. D’abord l’« écoconception », qui pense l’ensemble du cycle de vie d’un produit en visant le moindre impact possible sur l’environnement. Deuxièmement, l’optimisation de l’utilisation de l’énergie dans l’organisation de la production industrielle, en mutualisant sa consommation, notamment à l’échelle locale – par exemple, en récupérant la chaleur produite par une usine (extrant gaspillé) qui devient un intrant pour une autre usine. Troisièmement, passer d’une économie de l’achat de produits à une économie de la fonctionnalité, c’est-à-dire de l’achat de service.

Ainsi, plutôt que chaque ménage achète un outil comme une scie ronde, qui dormira dans le garage ou le sous-sol 99 % du temps, offrir des services de location, qui peuvent être sous le mode capitaliste standard (ce qui existe depuis longtemps) ou de la coopération communautaire par la mise en place de bibliothèques d’outils. Quatrième, cinquième et sixième principes, mettre en place une organisation de la vie matérielle qui favorise le réemploi d’objets rendus obsolètes ou inutilisés, la réparation de ceux qui sont défectueux et leur réutilisation à d’autres fins que celles originalement prévues. À titre d’exemple, la mise en place de « fablabs » où l’on met à disposition du public des outils, et notamment des imprimantes 3D permettant de reproduire des composantes d’appareils devenues introuvables, permettent le réemploi et la réparation d’objets. Finalement quand rien n’est plus possible, recycler la matière des objets qui sont devenus véritablement inutiles pour produire de nouveaux biens.

On le voit, rien de nouveau dans l’ensemble de ces principes. En revanche, il s’agit là d’une vision d’ensemble qui me semble porteuse par leur intégration. Qui plus est, les défenseurs de l’économie circulaire considèrent que les acteurs politiques, sociaux, communautaires et économiques à l’échelle locale sont les mieux placés pour la concrétiser. En ce sens, la mise en œuvre de l’ensemble de ces principes paraît plus aisément réalisable que celle de grands projets internationaux qui n’aboutissent en général qu’à des résultats mitigés et décevants.

Bien évidemment, toute activité économique a nécessairement un impact sur l’environnement. Le fameux déversement des eaux usées à Montréal le montre très concrètement. Mais lorsque le maire Coderre semble nous dire, excédé par les hauts cris de la population : « circulez, y’a rien à voir », il met peut-être le doigt, sans le vouloir, sur un problème qui pourrait se retourner contre lui et contre la plupart des décideurs politiques.

Bien évidemment, toute activité économique a nécessairement un impact sur l’environnement. Le fameux déversement des eaux usées à Montréal le montre très concrètement.

Nous sommes outrés de voir une usine déverser ses déchets dans la nature et nous réclamons collectivement haut et fort que cela cesse, mais nous ne réfléchissons pas suffisamment à l’impact environnemental de l’organisation de notre vie matérielle. Plutôt que de se scandaliser – à raison sans doute – du déversement de 8 milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve, il faudrait peut-être s’interroger sur les conséquences de la consommation annuelle des 639 milliards de litres d’eau potable de la part des seuls citoyens de la ville de Montréal. Ou encore du fait qu’au Québec, il se consomme annuellement un milliard de bouteilles d’eau (dont une partie est produite à même le système d’eau municipale) et que la moitié d’entre elles ne sont pas recyclées et se retrouvent dans les sites d’enfouissement. On est loin, très loin, d’une économie circulaire.

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