Économie

Quand je serai grande

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Quand je serai grande, je voudrais être une science exacte. Qu’il soit possible de changer un seul paramètre, et que tout le reste soit affecté de manière prévisible. Que les acteurs qui font que j’existe soient des êtres « rationnels », que toutes leurs décisions soient réductibles à un seul axe, celui du coût-bénéfice. Et qu’on puisse évacuer toutes les notions de « bien commun » et de « valeurs » quand on parle de moi. Je serai exacte. Tout sera simple et on pourra alors cesser d’accuser ceux et celles qui l’utilisent de m’instrumentaliser. La main invisible deviendrait visible et l’économie serait et c’est tout. Et mon prix Nobel pourrait enfin arrêter de s’appeler le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel pour devenir un Nobel comme les autres.

Aucun modèle théorique n’a encore été capable de tout expliquer, de voir venir les crises

Malheureusement, ce n’est toujours pas le cas, entre autres parce que l’intérêt même de l’économie est de changer ses règles, de transformer la société, d’avoir une influence sur les indicateurs qu’il essaie de décrire. Aucun modèle théorique n’a encore été capable de tout expliquer, de voir venir les crises, de prévoir avec succès les ajustements nécessaires pour un meilleur vivre ensemble, pour une économie plus forte. En économie, les lois sont loin des lois de la physique ou de la chimie, qui, elles, expliquent, tout simplement. Le langage se ressemble : on parle de théorème, de loi, de modèle. La réalité est beaucoup plus approximative. En économie, on tâtonne. Si on injecte de l’argent ici… puis qu’on diminue la taxe là… Non, pas tout à fait. Alors peut-être que si on ajoutait une zone de libre-échange? Bingo. Mais ce n’est qu’une histoire qu’on se raconte puisque tellement de choses ont changé en parallèle.

Bien entendu, on peut tirer des conclusions générales à partir de l’économie. Observer que l’endettement des États peut mener à la récession. Mais ce n’est pas toujours le cas. Ou affirmer que plus quelque chose est cher, moins les gens en achèteront, mais c’est parfois le contraire. Ou alors encourager les pays en voie de développement à miser sur l’économie des ressources naturelles, ou celle du savoir, ou celle de leur « avantage comparatif », mais ce n’est pas parce que fut un temps où c’était le bon choix pour soi que c’est toujours le bon choix pour les autres.

La notion même d’homo œconomicus est basée sur des transactions où les acteurs jouissent d’informations parfaites. Quand vient le temps d’acheter une nouvelle brosse à dent, on connaît déjà le prix de chacun des modèles offerts dans tous les magasins réels et virtuels, ainsi que toutes leurs caractéristiques, durabilité et conditions de fabrication. Il nous est donc possible de faire un choix éclairé. Mais est-ce vraiment le cas? Avons-nous le temps et l’énergie pour libérer des heures de recherche et trouver la brosse à dent la plus optimale pour le plus faible coût? Comparé à votre cousin dentiste, êtes-vous de taille pour faire ce choix?

Ce n’est pas pour dire que l’économie n’est que fumisterie. Seulement que toutes choses ne sont jamais égales. Le temps passe, les idées changent.

Ce n’est pas pour dire que l’économie n’est que fumisterie. Seulement que toutes choses ne sont jamais égales. Le temps passe, les idées changent. On ne vit pas en vase clos et la notion « d’intérêt personnel » englobe parfois des choses qui n’ont de personnel que le fait que nous soyons tous et toutes des humains connectés, sur une planète globale.

George Box, un statisticien du XXe siècle, est reconnu pour avoir dit « tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles ». Voilà de sages paroles. La réalité humaine est trop complexe pour être résumée en grandes règles générales, même si on peut effectivement observer des tendances et des corrélations. Les modèles économiques peuvent nous aider à comprendre, nous donner des pistes sur les effets de certaines politiques publiques. Cependant, si on veut vraiment utiliser à bon escient cette science, il faut d’abord la mettre au service d’un idéal et arrêter de la voir comme d’une force à laquelle se soumettre. On ne veut pas d’une économie forte en soi. On s’imagine qu’une économie forte permettra d’améliorer les conditions de vie de tous et toutes, que notre société, en tant société, en sortira gagnante.

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