Le 21e siècle sera bricolé ou ne sera pas

Photo: La Serviette

André Malraux aurait dit : « Le 21e siècle sera religieux ou ne sera pas ». Il semblerait que cette citation soit apocryphe. Quoi qu’il en soit, les sociologues de la religion affirment que nos sociétés sécularisées et laïques sont caractérisées par des pratiques spirituelles « à la carte », tout un chacun se bricolant sa religion personnelle. Et si cette manière de faire s’étendait à toutes les sphères de notre vie individuelle et collective?

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Les « grandes narrations » n’enthousiasment plus, les églises traditionnelles en Occident sont perçues comme déconnectées de la réalité, les institutions économiques et politiques classiques sont gangrenées par la collusion, le copinage et la corruption et le peuple n’y a plus confiance; la croissance économique capitaliste semble histoire du passé et notre de vie économique saccage les écosystèmes. Devant tant de dérèglements institutionnels et autant de pertes de repères, on cherche inévitablement à en construire de nouveaux.

Il y a quelque chose de décevant à constater qu’on préfère tourner le dos aux institutions plutôt que de les investir pour les transformer en profondeur, voire à les détruire pour les remplacer par d’autres. Ce faisant, elles restent en place, même si on en effrite graduellement l’emprise sur nos vies. Elles conservent – voire gagnent – leur pouvoir et continuent leur œuvre destructrice. La Boétie prétendait qu’il suffisait que nous cessions de nous soumettre à l’autorité pour qu’elle s’effondre. Force est de constater qu’au cours des cinq siècles qui ont suivi la rédaction de la Servitude volontaire cela ne s’est pas vérifié. Si certains régimes d’assujettissement, d’asservissement ou d’oppression ont été renversés par des révolutions, de nouveaux détenteurs du pouvoir ont remplacé les anciens. Assujettissement parfois, souvent, moins violent, mais néanmoins présent s’il n’est pas tout simplement plus insidieux.

Il y a quelque chose de décevant à constater qu’on préfère tourner le dos aux institutions plutôt que de les investir pour les transformer en profondeur, voire à les détruire pour les remplacer par d’autres.

Ces bricolages vivent en parallèle des institutions, à plusieurs niveaux et dans plusieurs champs. Les modes semblent en partie passées de mode, justement, que ce soit pour les vêtements, la musique populaire voire les idées. Si certains courants dominent ou prennent davantage de place que d’autres (généralement grâce aux institutions économico-culturelles classiques), un nombre grandissant de personnes semblent tourner le dos à l’influence de l’omniprésente publicité et aux diktats des faiseurs de « tendances ». On se tricote l’éventail de son goût musical comme on se fabrique un style vestimentaire bien à soi.

Le monde des idées et de l’opinion n’est pas épargné. Exit l’influence des éditorialistes ou des grands intellectuels médiatisés qui imposaient leur vision du monde et leur manière de pensée. On préfère se bâtir son opinion en glanant à gauche et à droite les idées de mille chroniqueurs, blogueurs et statuts Facebook. Les époques dominées par le marxisme, le structuralisme, l’existentialisme et autres Écoles sont derrière nous.

Exit l’influence des éditorialistes ou des grands intellectuels médiatisés qui imposaient leur vision du monde et leur manière de pensée. On préfère se bâtir son opinion en glanant à gauche et à droite les idées de mille chroniqueurs, blogueurs et statuts Facebook.

L’organisation de la vie économique ne fait pas exception, dans ce contexte. Les vastes mouvements de réforme radicale ou d’insurrection politique ne soulèvent plus l’enthousiasme de grand monde. On a troqué le Grand Soir révolutionnaire pour les petits matins à se reconstruire une vie matérielle à modeste échelle.

En bout de piste, y gagnerons-nous au change? Bien malin qui pourrait répondre. L’évacuation de grands projets collectifs sera-t-il remplacé par une somme agrégée de multiples projets à petite échelle? C’est ce que le 21e siècle risque de nous apprendre, si on y survit.

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