Grève du Front commun

Les syndicats montent aux barricades

Gabrielle Brassard-Lecours

Les syndiqué-e-s de la santé, de l’éducation et de la fonction publique québécoise accentuent la pression sur le gouvernement libéral avec une semaine de grèves tournantes. Ils prennent la rue pour dénoncer la lenteur des négociations, qui durent depuis un an déjà.

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Le Front commun intersyndical regroupe environ 415 000 syndiqués de l’État québécois, dont environ 100 000 sont en grève chaque jour. Jusqu’à jeudi, les employé-e-s de la fonction publique font du piquetage simultanément aux quatre coins de la province, mais ceux et celles du secteur de la santé et de l’éducation tiennent des grèves tournantes. Les syndiqué-e-s débrayent à tour de rôle dans les différentes régions selon un calendrier préétabli.

Les parents devront trouver une gardienne pour leur enfant puisque bien des écoles sont fermées les 28 et 29 octobre, tandis que dans les hôpitaux, on se relaie au piquetage à coups de 45 minutes. Des piquets de grève auront lieu devant les CHSLD, CLSC, hôpitaux et édifices gouvernementaux. Mercredi, c’était au tour des professeur-e-s de prendre la rue.

« Ce n’est pas parce qu’il va y avoir des moyens de pression que subitement l’argent va apparaître dans les coffres de l’État »

Les policiers ont forcé mardi l’ouverture du Palais de justice de Montréal, paralysé par une dizaine de grévistes. Le mouvement de grève et les nombreuses manifestations ont irrité le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. « Ce n’est pas parce qu’il va y avoir des moyens de pression que subitement l’argent va apparaître dans les coffres de l’État », a-t-il affirmé en fin de journée mardi.

Le Front commun assure qu’il veut accentuer la pression sur le gouvernement et non irriter la population. « Une grève qui ne dérange pas, ça n’existe pas. Mais dans le secteur de la santé et des services sociaux, nous respectons les services essentiels en maintenant 90 % des services. Il n’y aura pas de rendez-vous annulés, ni personne qui sera privé de bain dans les CHSLD » affirme la vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Francine Lévesque.

Des positions difficiles à concilier

Un fossé sépare les demandes des différentes parties, mais c’est principalement sur les salaires que les négociations des conventions collectives achoppent. Le Front commun intersyndical réclame une augmentation salariale de 4,5 % par année, soit 13,5 % sur trois ans, en plus de repousser l’âge de la retraite à 62 ans.

Le gouvernement propose de son côté un gel salarial pour deux ans, suivi d’une augmentation de 1 % par année pendant trois ans. Martin Coiteux affirme qu’il s’agit du maximum que l’État peut se permettre de manière responsable dans un contexte de rigueur budgétaire. Il chiffre les demandes des syndicats à 10,7 milliards de dollars sur 3 ans, un calcul contesté par plusieurs.

Pour la porte-parole du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP), Lucie Martineau, un gel salarial est synonyme d’appauvrissement. Selon elle, les offres gouvernementales sont plutôt des demandes, puisque les syndiqués ne récupèrent pas le pouvoir d’achat perdu ces dernières années.

Les batailles se poursuivent sur trois fronts aux tables de négociations : les conditions de travail, les coupures de services et la capacité des employés de la fonction publique à rendre des services adéquats. « Ils coupent tellement que ça donne la légitimité au gouvernement de dire ensuite que c’est inefficace, donc d’abolir ou de privatiser ces services. C’est infernal », dénonce Lucie Martineau, du SISP. Le Front commun intersyndical se dit prêt à apporter diverses solutions pour permettre à l’État de balancer son budget tout en offrant de bonnes conditions de travail à ses employés.

« Ils coupent tellement que ça donne la légitimité au gouvernement de dire ensuite que c’est inefficace, donc d’abolir ou de privatiser ces services. C’est infernal »

Si l’impasse persiste

Le Front commun prend la rue jusqu’au jeudi 29 octobre, puis laissera toute la place aux négociations la semaine prochaine, afin de tenter de dénouer l’impasse. Si aucun progrès n’est fait, les syndiqué-e-s retourneront en grèves tournantes pour quatre autres journées, puis tenteront une autre semaine de négociation. À ce stade, si le fossé se maintient entre le gouvernement et les employé-e-s de l’État, ceux-ci débraieront lors d’une grève générale de trois jours au début de décembre.

« Nous avons ciblé nos demandes pour aller à l’essentiel, rien n’empêche le gouvernement de faire de même et de conclure une entente rapidement. Et nous sommes sûrs que l’extraordinaire mobilisation de nos membres viendra à bout de l’entêtement du Parti libéral », maintient Francine Lévesque de la CSN. La longueur des négociations n’effraie pas non plus Lucie Martineau, qui se dit optimiste. « Quand je pose la question, c’est unanime. Les gens klaxonnent beaucoup plus que d’habitude pour nous encourager », dit-elle.

Du côté du gouvernement, on affirme aussi vouloir régler la question à la table des négociations. Le premier ministre Philippe Couillard dit être surpris qu’une entente respectant le cadre financier du gouvernement n’ait toujours pas été trouvée, compte tenu des règlements avec les médecins omnipraticiens et spécialistes, les municipalités et le syndicat des employés de la Société des traversiers.

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