20e anniversaire du référendum de 1995

Ceci n’est pas une leçon d’histoire

Photo: Zorion

« Abuse du présent. Laisse le futur aux rêveurs et le passé aux morts. »

-Félix Leclerc

Il y a 20 ans, j’avais 12 ans.

Je me souviens très peu du soir du 30 octobre 1995. J’me souviens des moustaches et des gens aux vêtements pastel trop saturés pour notre vieil écran cathodique du deuxième étage de la maison louée à la vieille Jeanne de la rue Rushbrooke, dans le sud-ouest de Montréal. J’me souviens de m’être couché tôt ce soir-là. J’me souviens d’avoir vu pleurer mon père aussi. C’t’un de mes rares souvenirs touchants que j’ai de lui, en fait. J’me souviens aussi d’avoir trouvé le Québec pas mal grisâtre au cours des semaines qui ont suivi. Mais c’est tout.

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C’est tout.

Mes souvenirs du dernier référendum concernant l’indépendance de notre pays se terminent là. Ceci étant dit, ils sont un peu moins flous que la dernière coupe Stanley remportée par les habitants, en 1993. D’ailleurs, y’a peut-être quelque chose, quelque part là-dedans, qui lie l’un avec l’autre, mais p’t’être pas. Peut-être moins maintenant. Je n’en ai aucune idée, au fond.

M’enfin, pour revenir à nos béliers, il y a 20 ans, j’avais 12 ans.

Je suis arrivé à l’âge adulte en 2001 et, depuis, je n’ai toujours pas eu la chance de participer à un grand projet de société.

En perspective, soyons sincères, depuis 20 ans il n’y a pas particulièrement de grandes choses qui ont été accomplies au Québec. Je suis arrivé à l’âge adulte en 2001 et, depuis, je n’ai toujours pas eu la chance de participer à un grand projet de société. Depuis, le Québec a toujours été en mode « opposition », en mode « survivance austère », en punition. Depuis 2003, les libéraux sont au pouvoir au Québec (ce qui représente la quasi-totalité de ma vie adulte) et depuis 2006, les conservateurs étaient au pouvoir à Ottawa (ce qui représente la majorité de ma vie adulte). Au fond, avec un peu de recul, s’il y a une chose que j’ai apprise durant tout ce temps en tant que citoyen de ce bout de terre du nord-est de l’Amérique, c’est que le Québec n’a jamais bien été servi par des Canadiens ou par des Québécois fédéralistes.

En fait, pour la majorité de ma vie adulte, le Québec n’a presque jamais été gouverné par des souverainistes, par des gens dont le principal objectif est le peuple du Québec dans son entier : sa capacité de déterminer toutes ses lois, signer tous ses traités avec les autres nations du monde, sa reconnaissance à l’international, et son autodétermination totalement légitime en tant que nation.

Pour moi, au fond, lorsqu’on réfléchit vraiment à tout ça, tout reste à faire. Tout est à construire.

Si vous étiez dans les pieds d’un-e québécois-e qui n’avait pas 18 ans le 30 octobre 1995, vous comprendriez qu’il est fort possible que, pour elle ou lui, le concept d’indépendance ne soit pas si aigre qu’il peut l’être pour vous. Qu’il n’a pas nécessairement à être si pur, si dur, si identitaire, si pressé. Qu’après la Catalogne et l’Écosse, les aspirations du Québec ne sont que parfaitement logiques. Que toutes nos années d’études et d’expériences professionnelles nous ont amenées à la conclusion que ce projet était rationnel et fondé. Qu’il n’y a rien de mal dans toute cette histoire. Que c’est tout à fait légitime, économiquement, socialement et politiquement parlant. Qu’il est possible d’offrir un nouveau pays pour le monde, sans tomber dans le pessimisme, dans l’identitaire, dans l’isolationnisme, dans la polarisation, ou même dans le jovialisme. Qu’il est possible d’avoir un plan concret comme le SNP en Écosse. Qu’il est possible de travailler ensemble, comme JxSI en Catalogne. Que les seuls obstacles que nous avons à la réussite de ce projet, c’est nous-mêmes. Et notre mémoire collective. Et notre peur collective.

Notre mouvement doit apprendre à lâcher prise, doit apprendre de ses erreurs, doit apprendre à se forger de nouveaux souvenirs.

Notre mouvement doit apprendre à lâcher prise, doit apprendre de ses erreurs, doit apprendre à se forger de nouveaux souvenirs.

Qui sait, peut-être qu’un petit Luc revivra un autre genre de « 30 octobre au soir ». Peut-être qu’il aura d’autres souvenirs. Des souvenirs différents. Comme dirait Fred Pellerin, « peut-être qu’il sera une fois » et un petit moi verra le grand moi pleurer, mais de joie cette fois-là, par un soir sur une vieille rue de Pointe-St-Charles, devant son écran de télévision organique intelligent.

Peut-être.

Mais, ce qui est sûr, c’est que le temps passe, et nous (c’est si beau le pluriel), ceux et celles qui n’avaient pas 18 ans lors du dernier référendum reprendront le flambeau.

Nous ne sommes ni amers, ni déprimés, ni fâchés par rapport au projet de pays. Nous sommes cette « prochaine fois ». Et nous savons que nous ne sommes pas seul-e-s.

Pour nous, le fameux champ de ruines de Monsieur Parizeau… c’t’un terreau fertile dans lequel nous pouvons planter des milliers de graines, des millions d’idées et des milliards de projets. Nous ne sommes ni amers, ni déprimés, ni fâchés par rapport au projet de pays. Nous sommes cette « prochaine fois ». Et nous savons que nous ne sommes pas seul-e-s.

Ceci n’est pas une leçon d’histoire. C’est une leçon d’espoir.

J’ai proposé aux gens sur Facebook de donner leurs noms s’ils étaient des indépendantistes (peu importe leur parti ou leur affiliation politique), de 37 ans ou moins et qui, comme moi, n’étaient pas amers, déprimés ou fâchés par rapport au projet de pays. Pour voir la liste complète, et ajouter vote nom, c’est ici.

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