Économie

La manne boursière des bombes

locotenent Bogdan Rădulescu

La guerre apporte son lot de destruction et de mort, mais elle profite largement à de nombreuses entreprises – un fait connu qui mérite d’être concrètement exprimé.

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Alors que les bombes ont commencé à pleuvoir sur les terroristes de l’État Islamique autoproclamé en Irak et en Syrie, les actionnaires des quatre principaux fabricants d’armes américains se frottent certainement les mains. Depuis le début des frappes aériennes de la coalition menée par les États-Unis, le prix des actions de ces multinationales de l’armement, qui fournissent des bombes actuellement lâchées par les avions de combat, a connu une explosion au cours des derniers mois.

Selon les chiffres provenant du site d’informations boursières Marketwatch, propriété du Wall Street Journal, le prix des actions des sociétés Boeing, Raytheon, General Dynamics et Lockheed Martin a connu une hausse constante depuis le 1er août 2014.

Les actionnaires des quatre principaux fabricants d’armes américains se frottent certainement les mains.

Bien qu’il soit difficile à ce stade préliminaire de la campagne militaire de déterminer précisément quels systèmes d’armes sont employés, la liste des bombes et des missiles en service embarqués sur les avions F-15, F-16, F-18, F-22 et B-1B et vendues par ces quatre compagnies est largement disponible.

Fournisseur du système de guidage JDAM installé sur des bombes non guidées avec un système GPS qui augmente leur précision, Boeing produit aussi une multitude d’armes air-surface larguées à partir de chasseurs et de bombardiers, dont la GBU-39, une bombe qui possède une marge d’erreur de ciblage d’environ cinq mètres. Alors que son action valait 120 $ US au début du mois d’août, elle en valait 130 $ US 30 jours plus tard après une dégringolade continue depuis le mois de mai dernier. À 30 000 $ US l’unité, le JDAM est un des systèmes les moins coûteux de l’arsenal aérien moderne – la facture des bombes les plus sophistiquées peut atteindre 100 000 $ US chacune.

Raytheon a connu un sort généralement meilleur que Boeing. Fabricant d’une large gamme de bombes et de missiles air-surface utilisés non seulement par l’aviation américaine, mais aussi vendue à l’Arabie saoudite, à Israël et aux Émirats Arabes Unis, son action est passée de 90 à 105 $ US, sa valeur la plus élevée au cours des 12 derniers mois alors qu’elle valait 73 $ US en octobre 2013.

De son côté, General Dynamics profite aussi à ses investisseurs. L’entrepreneur qui fabrique la suite de bombes à guidage laser Paveway qui équipe la plupart des chasseurs américains a vu la valeur de ses parts passer de 117 à 153 $ US au cours du dernier mois. L’an dernier, elle en valait 80 $ US.

L’entrepreneur qui fabrique la suite de bombes à guidage laser Paveway qui équipe la plupart des chasseurs américains a vu la valeur de ses parts passer de 117 à 153 $ US au cours du dernier mois.

La palme des profits records à venir revient toutefois à Lockheed Martin, lui aussi fournisseur d’une multitude de bombes à guidage laser. Alors que l’action valait près de 80 dollars l’an dernier, elle a franchi le cap des 200 $ US à la fin du mois de septembre dernier. Au début du mois d’août, son prix atteignait 177 $ US.

Au début des années 1930, le général américain Smedley Butler, deux fois récipiendaire de la Médaille d’Honneur, prononçait son désormais célèbre discours War is a Racket. Dans les années 50, le Président américain et ex-commandant suprême allié Dwight Eisenhower mettait la population en garde contre l’expansion du complexe militaro-industriel. En 2014, le pop-économiste improvisé Jim Cramer encourage près d’un million d’usagers Twitter à investir dans les compagnies du secteur de la défense.

Les temps changent.

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