Élections au Burkina Faso

Un an plus tard, la population veille toujours au grain 


Benoîte Labrosse

Au Burkina Faso, après plus d’un an de mobilisation citoyenne intense, l’heure n’est pas encore au repos, estime le rappeur Smockey, l’un des leaders du mouvement de protestation Le Balai citoyen. La surveillance doit se poursuivre au moins jusqu’aux élections présidentielles et législatives du 29 novembre, qui mettront fin à un an de transition politique.

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« À nos balais pour bâtir un État pour le peuple, et rien que pour le peuple! », a-t-il rappé a capella le 1er novembre au cours d’un rassemblement organisé par les familles des « martyrs ». C’est ainsi que les Burkinabè ont baptisé les 31 personnes mortes au cours de l’insurrection populaire du 30 et 31 octobre 2014, qui a mené à la démission et à l’exil de Blaise Compaoré. Président depuis 27 ans, il cherchait alors à modifier la Constitution pour briguer un nouveau mandat.

Il faut comprendre que « La Patrie ou la mort, nous vaincrons! » est ici bien plus qu’extrait de l’hymne national. C’est le leitmotiv de la majorité des 17 millions d’habitants de ce petit État d’Afrique de l’Ouest, dont le nom signifie d’ailleurs pays des hommes intègres. Ils ont déjà démontré à deux reprises qu’ils n’hésiteraient pas à braver les forces de l’ordre pour défendre la démocratie.

Alors que devait s’amorcer la campagne destinée à élire un nouveau gouvernement, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a tenté un coup d’État militaire, les 16 et 17 septembre derniers. Encore une fois, des milliers de citoyens indignés sont descendus dans les rues, refusant de renoncer à l’idéal qu’ils avaient défendu un an plus tôt.

Encore une fois, des milliers de citoyens indignés sont descendus dans les rues, refusant de renoncer à l’idéal qu’ils avaient défendu un an plus tôt.

Ils ont réussi – avec l’aide de l’armée régulière – à mettre ces soldats d’élite en échec en dix jours. Quatorze personnes sont tombées sous les balles du RSP. Le gouvernement de transition a été remis en place et a pu reprendre à sa tâche principale, qui est d’organiser des élections libres. Celles-ci auront finalement lieu le 29 novembre.

Les familles et les blessés interpellent le gouvernement

À une semaine du début de la campagne électorale, l’heure était au recueillement. Le 30 octobre à 9 h 40, la sirène de l’hôtel de ville de la capitale, Ouagadougou, a retenti et a été répercutée sur l’ensemble du territoire. Tous se sont arrêtés pour observer une minute de silence en mémoire des martyrs.

« La patrie vous est reconnaissante pour le sang que vous avez versé pour revendiquer le droit de vivre dans la justice et dans la dignité », a déclaré le président de la transition, Michel Kafando, au moment d’inaugurer une stèle où seront gravés les noms de ces 45 « martyrs de l’insurrection et de la résistance populaires ».

Une affirmation que remettent en doute les représentants de leurs familles et ceux des blessés – ils étaient 655 en octobre 2014 et plus de 270 en septembre dernier – qui estiment que les autorités de la transition n’ont pas rempli leurs promesses à leur égard. Et, preuve que le pays a subi de profonds changements, ils ne se sont pas gênés pour les interpeller publiquement.

« Oubliés, abandonnés, négligés, nous sommes tristes. Nous sommes frustrés, nous sommes déçus », s’est exclamé Dramane Ouédraogo, président de l’association des blessés de l’insurrection et du putsch, le 31 octobre. « Les blessés attendent une action concrète. Pendant longtemps, vous avez fait des promesses solennelles qui n’ont jamais été suivies d’action. »

M. Ouédraogo fait référence à plusieurs annonces de soutien aux blessés qui ne se seraient selon lui pas traduites en espèces sonnantes. Dans la plupart des cas, leurs frais médicaux et de subsistance auraient plutôt été payés grâce à des dons privés.

Quant aux familles des martyrs, si elles ont reçu un peu plus d’appuis – 10 décrets chiffrés portant entre autres sur le logement des veuves et l’éducation et la prise en charge des enfants viennent d’être adoptés – elles demandent justice pour leurs disparus. Leur représentant, Nébon Bamouni, a noté que les familles étaient « sceptiques quant à la volonté politique réelle de faire triompher la vérité », car aucun jugement n’a été rendu concernant les crimes insurrectionnels et que de nombreuses enquêtes sur les évènements restent à faire.

Un exemple pour l’Afrique

« Le monde entier a les yeux fixés sur l’expérience qui se produit actuellement au Burkina Faso », a rappelé le rappeur Smockey au rassemblement du 1er novembre. « Nous n’avons pas le droit de trahir cet espoir, à l’image de ce qui se passe actuellement au Burundi avec le dictateur [Pierre] Nkurunziza et ce qui se passe au Congo. (…) Ces peuples attendent de nous que nous donnions l’exemple. »

Quant aux Burkinabè, ils ont surtout hâte de voir leur nouveau gouvernement élu voter une série de réformes – en éducation, en emploi et en santé, entre autres – destinées à leur assurer un avenir meilleur.

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