Négociations dans le secteur public

Pourquoi le gouvernement du Québec refuse d’augmenter son offre salariale

Photo: Jean Gagnon

Depuis un an, le gouvernement maintient fermement son offre d’augmentation salariale de 3% sur 5 ans qu’il a faite au Front commun syndical. Alors qu’on apprenait récemment qu’il avait cédé à la pression en annulant plusieurs de ses demandes non-salariales, il semble tenir mordicus à sa proposition salariale. La position du gouvernement s’explique probablement en grande partie par les nombreux groupes qui bénéficieront des augmentations salariales des employé-e-s du secteur public.

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D’abord, selon les données du gouvernement du Québec, accorder une augmentation salariale de 1% aux 550 000 travailleurs du secteur public coûte 400 millions de $. Avec l’état actuel des finances publiques, le gouvernement du Québec aurait les moyens de bonifier son offre.

Des clauses remorques qui ont du poids

Pour bien comprendre les dynamiques de la négociation actuelle, il faut comprendre que le Front commun est actuellement la locomotive de la détermination des conditions de travail de beaucoup de groupes de travailleurs. Les médecins, les responsables de services de garde en milieu familial et les employés de la société des traversiers du Québec, pour ne nommer que ceux-là, sont tous couverts par des « clauses remorques » inclues dans leur conventions collectives. Concrètement, ça veut dire qu’une augmentation de 1% accordée au Front commun doit aussi être accordée à ces groupes.

Ainsi, chaque augmentation de 1% au 550 000 travailleurs du secteur public coûtera 400 millions $ par an au trésor public. À ce montant s’ajoutera un coût de 62 millions $ pour l’augmentation équivalente aux 19 100 médecins et quelques dizaines de millions $ pour les autres groupes qui ont aussi une clause remorque. Ainsi, pour chaque dollar d’augmentation salariale générale que le gouvernement donne aux syndiqués du Front commun, il doit donner 15¢ d’augmentation salariale aux médecins et près de 5¢ d’augmentation aux travailleurs des services de garde et de la société des traversiers. Au total, 1$ d’augmentation salariale générale au Front commun coûte 1,20$ au gouvernement.

La peur de créer un précédent

Le gouvernement sait aussi que l’entente avec le Front commun sera utilisée dans plusieurs autres négociations en cours. En effet, les conventions collectives des éducateurs de CPE, des agents des services correctionnels et des agents de la Sureté du Québec sont toutes en train d’être renégociées en ce moment.

Ainsi, si le gouvernement accorde 1% d’augmentation de plus au Front commun, il serait très mal venu de ne pas l’accorder aussi à ces autres groupes qui représentent des dizaines de milliers de travailleurs, même si rien ne l’oblige contractuellement à le faire. C’est donc potentiellement beaucoup plus que 1,20$ que coûtera 1$ d’augmentation salariale au Front commun.

Le gouvernement ne pourra pas y échapper

Pour l’instant, le gouvernement Couillard a choisi de répondre à la pression que lui faisait le Front commun en faisant des concessions qui ne concernaient pas l’aspect monétaire de la convention collective ou, comme avec la relativité salariale, qui ne constituait pas une augmentation générale des salaires.

Pour réussir à augmenter l’offre salariale du gouvernement, il sera important de maintenir et d’augmenter la pression sur le gouvernement. Pour ce faire, il serait important que les groupes qui bénéficieront des augmentations accordées au Front commun se joignent à la lutte actuelle contre l’austérité du gouvernement libéral et pour de meilleures conditions de travail.

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