COP21 

« Répression et mascarade » selon les militants écologistes

Photo: Reuters

La France, plongée dans l’état d’urgence depuis les attentats du 13 novembre dernier, accueillait comme prévu les 152 chefs d’État pour la Conférence sur les changements climatiques (COP21) à Paris, ce dimanche. Tandis que l’événement se déroule sous haute surveillance, des groupes de militants écologistes accusent le gouvernement de répression policière. C’est le cas des partisans de la décroissance qui évoquent l’hypocrisie de la COP21 et dénoncent les interdictions de manifester ainsi que les assignations à résidence de représentants associatifs. Pour ces citoyens qui prônent un modèle de société axé sur une économie de post-croissance, la COP21 n’apportera pas les solutions escomptées.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Au sujet des assignations à résidence, le ministre de l’Intérieur de la France, Bernard Cazeneuve, assume cette fermeté : « Ces 24 personnes [...] avaient témoigné d’actes violents par le passé à l’occasion de manifestations et avaient exprimé le souhait de ne pas respecter les principes de l’état d’urgence », a-t-il déclaré aux médias le 28 novembre dernier. En ce qui concerne l’interdiction des marches, il est indiqué sur les arrêtés préfectoraux que « la forte mobilisation des forces de sécurité pour lutter contre la menace terroriste ne saurait être détournée pour répondre aux risques d’ordre public liés à de telles manifestations revendicatives ».

Selon les membres de Coalition Climat 21, collectif regroupant 130 organisations françaises issues de la société civile, des syndicats, des associations ou des ONG, c’est une « chasse aux sorcières » lancée par le gouvernement à l’encontre des activistes à tendance anticapitaliste. Un représentant de ce collectif, Joël Domenjoud, a notamment été assigné à résidence jusqu’au 12 décembre prochain – date de la fin de la conférence – « au motif qu’il ferait partie de l’ultra-gauche parisienne qui veut remettre en cause la tenue de la COP », d’après la Ligue des droits de l’Homme. Cette dernière condamne l’utilisation de l’arrêté préfectoral – rendu légal par la loi du 20 novembre 2015 sur l’état d’urgence – à des fins de répression et demande la levée immédiate de l’assignation à résidence de ce militant associatif sans casier judiciaire. « La lutte contre le terrorisme n’est ici qu’un prétexte pour interdire toute voix dissonante », déclare la Ligue des droits de l’Homme.

« La lutte contre le terrorisme n’est ici qu’un prétexte pour interdire toute voix dissonante »

En effet, parmi tant d’autres, Coalition Climat 21 pointe du doigt les échecs répétitifs de la Conférence des parties sur le climat et soutient que cette 21e édition ne fera pas exception. Si le collectif souhaite se servir du rayonnement médiatique de l’événement pour mobiliser les citoyens autour de la justice climatique, d’autres mouvements militants appellent, eux, à la désobéissance civile et à des actions dans la capitale pour perturber la tenue du sommet. Les Climate Games organisés par le Laboratoire d'Imagination Insurrectionnelle et Climate Justice Action proposent notamment « le plus grand jeu d'action-aventure désobéissant du monde ». Les artistes du mouvement Brandalism détournent quant à eux, depuis ces deux derniers jours, des centaines de panneaux publicitaires dans les rues de Paris pour dénoncer « les mensonges » du sommet. Mais ce sont également des manifestants de partis anarchistes, d’extrême gauche, alternatifs, écologistes ou des zadistes (militants engagés dans une zone à défendre, ZAD) qui dénoncent la « grande mascarade de la COP21 » et bravent les interdictions préfectorales.

Résultat : ce dimanche, ce sont 300 interpellations et 174 gardes à vue de manifestants qui ont eu lieu dans la capitale, à la suite d’échauffourées avec les forces de l’ordre.

Résultat : ce dimanche, ce sont 300 interpellations et 174 gardes à vue de manifestants qui ont eu lieu dans la capitale, à la suite d’échauffourées avec les forces de l’ordre. Plusieurs rassemblements et chaînes humaines défiant l’état d’urgence se sont toutefois déroulés dans le calme dans plusieurs villes de France. C’est donc dans un climat tendu, électrique que démarre la fameuse conférence environnementale rassemblant les 195 États signataires de la Convention-cadre des Nations Unies.

Les promesses de la COP21

L’état d’urgence est climatique. Si la priorité est donnée aux intérêts géopolitiques, la menace du réchauffement planétaire est, elle, bel est bien aux portes de notre humanité. Accroissement de l’activité cyclonique tropicale ; fonte des glaciers ; élévation du niveau des mers ; extension des sécheresses ; fréquence accrue de fortes précipitations ; vague de chaleur en augmentation, extinction massive des espèces et de la biodiversité : les manifestations des dérèglements climatiques sont d’ores et déjà plus que tangibles et n’iront qu’en s’aggravant si rien n’est fait, scandent dans le dernier rapport 2014 le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) mandaté par l’ONU.

La Conférence des parties sur les changements climatiques, née de l’entente du Sommet de la Terre à Rio en 1992, a donc pour mission principale de trouver des solutions adaptées à l’urgence climatique. Organisée chaque année dans les différentes villes des pays signataires depuis 23 ans, la COP a pour objectif d’aboutir à « un accord supranational engageant les pays à contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C et à engager des mesures mondiales visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui contribuent au réchauffement climatique d’ici 2100 », rappelle le Conseil économique, social et environnemental (CESE) mobilisé pour l’événement. Un accord, qui se veut « universel, légal et contraignant », est attendu à l’issue de cette conférence de Paris, comme le martèle depuis plusieurs semaines Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement national de la France. Les États-Unis et la Chine, les deux pays les plus pollueurs de la planète, se sont également engagés pour la première fois à participer de façon active.

Des promesses d'ores et déjà contrariées. En effet, les engagements de réduction GES des 146 pays participants – ces derniers représentent 86 % des émissions de GES – sont insuffisants pour contenir le réchauffement sous le seuil critique des 2°C. Le rapport délivré par l’ONU à la suite de ces engagements en octobre dernier annonce une hausse moyenne des températures de 2,7 °C à la fin du siècle.

En effet, les engagements de réduction GES des 146 pays participants – ces derniers représentent 86 % des émissions de GES – sont insuffisants pour contenir le réchauffement sous le seuil critique des 2°C.

Une COP sous influence

Pour plusieurs spécialistes des questions climatiques, la question des engagements n’est pas la seule raison de l’échec programmé de la COP21. Michel Marchand du Mouvement pour un socialisme du XXIe siècle et auteur de Ne soyons pas des écologistes benêts, écrit : « Résoudre la crise écologique et climatique appelle à rompre avec l’ordre économique mondial dominant que nous connaissons actuellement. L’option qui prévaut est que nous sommes dans un cul-de-sac environnemental qui peut conduire à un effondrement économique et social de nos sociétés ». Une opinion partagée par le biologiste et essayiste français Pierre Rabhi, créateur du mouvement écologiste Colibris. Dans une entrevue accordée au journal Le Monde, le 28 octobre dernier, il déclare au sujet de la COP21 : « Il ne sortira rien de cette énième grand-messe. J’ai du mal à croire que les changements structurels nécessaires y soient actés. Il faut entrer dans une nouvelle ère, celle de la modération : modération de la consommation et de la production. Les États vont-ils décider d’arrêter la pêche industrielle et l’agriculture intensive, et ainsi cesser de piller les océans ou la terre? ».

Cette question du climat va bien au delà des petits calculs, selon ces derniers, et implique de délaisser l’idéologie de croissance au profit de la responsabilité et de l'éthique environnementale. Sur le plan politique, cela suppose de miser sur une transition énergétique équitable à l'échelle mondiale et de réduire le rythme effréné de la surproduction.

D’autre part, la question des potentielles influences des multinationales sur les décisions de la COP21 est à considérer. Ces grands groupes, de plus en plus nombreux à participer dans la conférence, jouent la carte du marketing vert dans une logique de production intensive, loin des considérations éthiques environnementales et sociales attendues, comme le signalent bon nombre de groupes altermondialistes comme Le Lobby Planet Paris.

« Une seule conférence ne réglera pas tous les problèmes, consent-il. Le véritable intérêt de ces conférences n’est pas le contrat qui se signe. Ce sont des évènements qui introduisent des mots dans la société comme (…) “écologie” ou “biodiversité” »

Le chemin de la responsabilité

Les retombées médiatiques de cet événement représentent cependant un impact important sur les populations. Alors que sommes-nous en droit d’attendre de cette COP21? Des promesses, des actions concrètes, un changement? L’astrophysicien et écologiste franco-canadien Hubert Reeves, considère chaque avancée vers la prise de conscience collective comme positive. « Une seule conférence ne réglera pas tous les problèmes, consent-il. Le véritable intérêt de ces conférences n’est pas le contrat qui se signe. Ce sont des évènements qui introduisent des mots dans la société comme (…) “écologie” ou “biodiversité” », conclut le scientifique dans une entrevue accordée à Paris-Match en novembre dernier. Ce dernier reste optimiste quant aux décisions qui pourraient être prises à l'issue de la conférence et rappelle qu’il faut avancer pas à pas, chacun à son niveau, sans « baisser les bras ». Il ajoute : « Je fais tout à fait confiance à l’innovation et à l’imagination des Hommes (…) ils sont formidables quand ils sont vraiment coincés ». Au pied du mur, l’heure est donc bien à la responsabilité commune.

Poursuivez votre lecture...
Harcèlement sexuel
La «liberté d’importuner», ce droit fondamental
Raphaëlle Corbeil
11 janvier 2018
politique municipale
Budget Plante: les propriétaires doivent-ils presser le bouton «panique»?
Céline Hequet
11 janvier 2018