Élections au Burkina Faso

L’élection des (bonnes) premières fois

Benoîte Labrosse

Une nouvelle page d’histoire a commencé à s’écrire au Burkina Faso, où Roch Marc Christian Kaboré a remporté l’élection présidentielle du 29 novembre avec 53,49 % des suffrages exprimés, selon les résultats provisoires officiels.

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À moins de contestations – qui semblent improbables –, M. Kaboré devient donc le premier président civil élu par scrutin libre et transparent au Burkina Faso. Depuis son indépendance en 1960, ce pays avait plutôt connu une suite de coups d’État militaires, de régimes d’exception et de démocraties de façade. La dernière en date a pris fin le 31 octobre 2014, avec le départ de l’ex-président Blaise Compaoré, chassé par une insurrection populaire.

Des files d’attente ont été constatées avant même l’ouverture des bureaux de vote, prévue à 6 h du matin le 29 novembre.

Il ne s’agit pas de la seule première encourageante à s’être déroulée dans ce petit État d’Afrique de l’Ouest au cours des derniers jours. D’abord, un intérêt citoyen jamais vu a poussé 3 309 988 électeurs du « pays des hommes intègres » à se rendre aux urnes pour choisir leur futur président et leurs députés à l’Assemblée nationale. Des files d’attente ont été constatées avant même l’ouverture des bureaux de vote, prévue à 6 h du matin le 29 novembre.

La plupart des 17 898 bureaux ont ouvert dans les temps, exception faite de quelques-uns où du personnel ou du matériel manquaient à l’appel. Et même si le temps d’attente avoisinait parfois les deux heures, la grande majorité des électeurs a attendu son tour patiemment, bien souvent debout sous le soleil.

Plusieurs exerçaient leur droit de vote pour la première fois. La foule d’électeurs était bigarrée : des jeunes, des vieux, des hommes et des femmes, parfois accompagnée de leurs jeunes enfants ou leur bébé attaché derrière le dos.

Des résultats surveillés de près

Le dépouillement public des votes s’est amorcé à la fermeture des bureaux, à 18 h. Un nombre « record » de 17 169 observateurs avaient été accrédités à cette fin par la Commission électorale nationale indépendance (CENI), l’agence responsable de l’organisation du scrutin. Les observateurs étaient principalement rattachés à des partis politiques, des organisations de la société civile et des organisations internationales telle l’Union européenne.

Si la majorité des observateurs étaient sur place depuis le matin, des citoyens se sont joints à eux en fin de journée pour constater de visu la transparence des opérations. Plusieurs suivaient le mot d’ordre du mouvement de résistance populaire Le Balai citoyen, dont la campagne « Je vote et je reste » suggérait aux électeurs d’assister au dépouillement dans leurs bureaux.

Même si les conditions variaient grandement d’un bureau à l’autre – d’une pièce bien éclairée jusqu’à sous un arbre avec des lampes de poche – l’exercice de présentation individuelle des bulletins de vote s’est globalement bien déroulé. Les observateurs en sont repartis satisfaits et convaincus de l’absence de fraude, une autre première nationale.

Bureau de vote à Mendersa
Les électeurs assignés au bureau de vote de l’école Mendersa, à Ouagadougou, ont pu profiter d’un peu d’ombre en attendant leur tour, contrairement à la majorité de leurs compatriotes.
Benoîte Labrosse

S’est ensuite enclenché le processus de vérification des résultats par les commissaires de la CENI. Un tout nouveau système de transmission informatisé devait leur permettre d’accélérer le processus, l’objectif étant de procéder à la proclamation des résultats provisoires à « Jour J + 1 », au lieu des sept permis par la loi.

C’est finalement à « Jour J + 1 + 10 minutes » – soit à 0h10 le 1er décembre – que le président de la CENI, Me Barthélémy Kéré, en a fait l’annonce devant un parterre d’environ 250 personnes, dont plusieurs n’avaient pas beaucoup dormi depuis deux jours.

Roch Marc Christian Kaboré l’a emporté sur 13 autres candidats avec 53,49 % des voix. Cette majorité absolue évite la tenue d’un deuxième tour, pourtant prédit par de nombreux observateurs au cours de la campagne électorale.

Roch Marc Christian Kaboré l’a emporté sur 13 autres candidats avec 53,49 % des voix.

Avant même la proclamation des résultats, le plus proche rival du vainqueur, Zéphirin Diabré (29,65 % des voix), s’est empressé de féliciter M. Kaboré sur Twitter et en personne. Il a été rapidement imité par d’autres candidats défaits, une autre grande première au pays. Tous ont insisté sur l’importance de respecter le résultat du scrutin et de travailler sereinement à la suite des choses.

Cette élection, dont le taux de participation s’établit à 60 %, « a révélé à la face du monde la grande maturité du peuple burkinabè », a estimé Me Barthélémy Kéré.

Politicien bien connu

Le président Kaboré, 58 ans, n’est pas étranger à l’ancien régime. Le diplômé en économie et en gestion à l’Université de Dijon a été premier ministre dans les années 1990 et président de l’Assemblée nationale au début du millénaire. À l’époque, il était même considéré comme le dauphin de Blaise Compaoré.

Il s’est dissocié de l’ancien président en janvier 2014 pour fonder son propre parti avec d’autres proches de Compaoré. Le programme du Mouvement du peuple pour le progrès propose entre autres une dynamisation du secteur privé, une plus grande utilisation des technologies de l’information et une meilleure répartition des fruits de la croissance nationale, qui passe selon lui par les secteurs agro-pastoral, artisanal et minier, entre autres.

Mais gare à eux s’ils tentent de renouer avec leurs vieilles habitudes. « Les contrepouvoirs sont plus forts, la société civile a pris de l’envergure au prix, il est vrai, d’une trop grande politisation, les médias veillent davantage au grain, bref il y a une conscience citoyenne plus aiguisée de sorte que vraiment plus rien ne saurait être comme avant. Qu’eux aient changé ou non », comme l’a résumé le quotidien ouagalais L’Observateur Paalga.

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