Rétrospective

Trois choses à retenir des dernières élections fédérales

Marina Pavlovic Rivas

Le thème du changement a finalement fait élire un gouvernement, Trudeau a donné un sérieux coup de pouce à la gauche, et le paysage politique québécois pourrait subir une véritable métamorphose dans les prochaines années. Voilà trois choses qu’il faut retenir de la dernière élection fédérale.

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Le « changement »

Depuis que je m’intéresse à la politique, je n’ai jamais vu une élection qui n’a pas porté le thème du changement. Ce mot est devenu un symbole d’unité nationale. Il a été employé par des fédéralistes, des souverainistes, des femmes de gauche, des hommes de droite : Mario Dumont, Françoise David, Pauline Marois, François Legault et Justin Trudeau ont tous mobilisé leurs campagnes autour du changement. On pourrait développer de nombreuses théories sur ce phénomène, mais ce dernier survient surtout car les insatisfaits envers le gouvernement sont toujours plus nombreux que les électeurs satisfaits.

Toute la campagne de Justin Trudeau, de sa sortie de l’autobus à ses « pauses » de campagne électorale pour passer du temps en famille sous le regard des caméras, sa posture, son message, ses pancartes électorales, ses publicités, etc., tout portait la marque du changement. Et pas seulement le mot. Trudeau a réussi à donner l’impression qu’il faisait les choses de façon différente. Il s’agit là d’une démarche réellement globale. Prenons un simple exemple, soit les publicités électorales. Évidemment, les dix lettres qui forment le mot changement se retrouvent autant à l’écrit qu’à l’oral, mais, alors que le NPD et le Parti conservateur présentaient uniquement leurs chefs, les libéraux ont mis de l’avant une équipe de candidats, connus et inconnus. Une façon plus subtile de démontrer qu’avec Trudeau, c’est différent. Même la teinte des affiches électorales « détonnait » avec les autres.
Avec des partis de l’opposition ayant des programmes électoraux avec des impacts semblables sur la vie de l’électeur moyen, cette campagne s’est jouée simplement sur la question de l’image.

Un gouvernement de gauche?

Non, Justin Trudeau ne dirigera pas un gouvernement de gauche, même s’il aura une plus grande écoute envers les syndicats et les groupes de pression. À l’inverse de Stephen Harper, Trudeau ne leur fera pas la guerre. C’est plutôt rassurant: plusieurs organisations n’auront plus besoin de lutter pour leur survie et pourront continuer à travailler sur leur mission fondamentale. Espérons que les grands syndicats canadiens ne se replieront pas uniquement sur un élargissement bureaucratique.

Non, Justin Trudeau ne dirigera pas un gouvernement de gauche, même s’il aura une plus grande écoute envers les syndicats et les groupes de pression.

Je soutiens quand même que la dernière élection fédérale a permis de donner des munitions à la gauche. Soutenue par un discours porté par de nombreux économistes de partout à travers le monde – Krugman, Stiglitz et Piketty - l’idée de ne pas viser l’équilibre budgétaire a fait mouche pour l’une des premières fois en Occident (après la Grèce). Cette victoire des libéraux démontre que de s’opposer à l’austérité (ou la « rigueur budgétaire »!), comme le prétendent certains chroniqueurs de droite, ce n’est pas être un idéologue radical de gauche. J’ai même entendu une publicité qui dénonçait « les politiques d’austérité de Stephen Harper », à l’antenne de Rouge FM, lorsque je marchais dans un centre commercial.

Évidemment, Trudeau ne nous mènera pas au socialisme, mais il a donné un sérieux coup de pouce à la gauche. Cela est vrai du moins sur le plan de la crédibilité et de la construction du discours public.

Au lieu de voter systématiquement pour le même parti, l’électeur réfléchit davantage et n’hésite pas à changer d’option. Cette tendance s’illustre aussi par le nombre grandissant d’indécis.

Le début de la fin des barrières partisanes?

Tout au long de la campagne, les sondages nous mirent sur les rails d’une véritable montagne russe. Le NPD, les libéraux et les conservateurs se sont tour à tour échangé la position de tête. Ce phénomène s’explique par une diminution de la partisanerie au sein de l’électorat. Au lieu de voter systématiquement pour le même parti, l’électeur réfléchit davantage et n’hésite pas à changer d’option. Cette tendance s’illustre aussi par le nombre grandissant d’indécis.

Ceci pourrait invalider, du moins à moyen terme, la thèse récente de plusieurs chroniqueurs – dont Mario Dumont et Mathieu Bock-Côté font partie – disant que les libéraux, en raison de la division du vote francophone, bénéficient d’un mandat à vie. Leur thèse se base sur le fait que la population immigrante et anglophone du Québec (en augmentation) est automatiquement fidèle au Parti libéral. Ce bloc d’électeurs, alors que le PQ, la CAQ et QS se divisent le vote francophone, ferait gagner à tout coup les libéraux.

Cette thèse, à mon avis, fonctionne seulement si la question nationale est le principal vecteur de polarisation politique. Malgré toutes les tentatives du Bloc et du PQ, force est de constater que la question, bien que toujours présente sur le plan politique, déchaîne beaucoup moins les passions qu’auparavant. Même en ayant le choix de voter pour une option souverainiste, plusieurs indépendantistes ont voté pour Justin Trudeau ou Thomas Mulcair, un scénario quasi improbable il y a quelques années. Est-ce qu’il s’agit d’une tendance lourde? Le temps nous le dira. Une chose est certaine: les partis qui font de cette question leur fer de lance devront rapidement s’ajuster.

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