Commission d'enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées

Felix Felicis

Photo: Izithombe

J’ai un sombre secret, je suis une geek finie. Donjons & Dragons, Star Wars, Star Trek, Seigneur des anneaux… Je les aime tous. Mais je me permets ici d’intituler mon texte d’après une potion tirée directement de Harry Potter. Pourquoi? Parce que je ne pouvais expliquer mieux mon lundi 7 décembre que par la description de la potion Felix Felicis ou « chance liquide ».

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Cette potion procure temporairement au buveur une chance exceptionnelle. Combien de fois dans une vie peut-on dire que l’on reçoit un « cadeau » politique? Tellement incroyable que je ne peux me référer qu’à un roman de fiction pour enfants qui se centre sur la magie pour l’expliquer… Ça en dit long sur le ton de la politique autochtone au Canada des dernières décennies. Donc, on nous a enfin fait cadeau de cette Commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées.

C’est extraordinaire que ça soit annoncé aussi tôt. On pouvait s’attendre à devoir pousser dans le dos du gouvernement pour voir l’action suivre à la parole. Il n’y a pas à dire, on est affamés de justice après 10 ans de régime conservateur. Le soupir collectif d’avoir enfin cette Commission d’enquête après s’être tellement mobilisés pour l’avoir. (Pfiouuuu…) Il faut aussi se rappeler cependant que ce n’est pas l’annonce d’une fête, mais bien d’une enquête pour comprendre et mettre en lumière la problématique des femmes autochtones assassinées et disparues.

il va falloir travailler à la place des gouvernements précédents, qui ont préféré ignorer le tout.

Ce ne sera malheureusement pas la dernière fois qu’on entendra parler des problématiques vécues par les communautés autochtones, il va falloir travailler à la place des gouvernements précédents, qui ont préféré ignorer le tout. La situation des femmes autochtones est la recommandation n°41 des 94 soumises par la Commission Vérité et Réconciliation, qui, elle, a apporté la lumière sur les pensionnats indiens. Cette commission a été précédés de celle de 1991, La Commission royale sur les peuples autochtones. Imaginez, le travail a été repoussé tellement de fois qu’il faut des Commissions à chaque problématique pour démêler la balle de nœuds.

Le public canadien devra s’apprêter à voir ses institutions, ou même l’idée qu’il en avait, être ébranlées encore une fois. On va encore une fois revisiter l’histoire enseignée à des millions de canadiens pour apporter une nouvelle vérité trop souvent ignorée. L’écoute est souvent le plus grand remède dans ces cas-là, et je ne parle pas d’une écoute entre nous, mais bien d’avoir l’attention du Canada en entier, car les allochtones font partie de la solution. Le grand public pourra cependant aider en appuyant femmes et familles, surtout quand la Commission prendra de l’ampleur et que des attaques anonymes ou publiques seront lancées contre les autochtones, des attaques souvent injustes et malheureusement trop souvent racistes.

Cela ne pourra annuler les impacts ou ramener les femmes qui sont décédées, mais cela permettra peut-être aux familles de faire leur deuil ou de recevoir un semblant de justice. J’apprécie cependant l’annonce faite aujourd’hui de la Commission, du fait qu’il y aura des aspects liés aux régions et d’autres d’envergure nationale. J’ai cependant hâte de voir le mandat et la structure de la Commission.

Cela ne pourra annuler les impacts ou ramener les femmes qui sont décédées, mais cela permettra peut-être aux familles de faire leur deuil ou de recevoir un semblant de justice.

Premièrement, il ne faut pas que la Commission devienne un fourre-tout des problématiques autochtones : 2 ans, c’est court, et la question des femmes sera suffisamment dure à cerner. Si d’autres problématiques existent il faut les souligner et leur donner l’attention qu’elles méritent, cela même si elles sont interconnectées. De plus, la réalité des femmes autochtones est tellement grande et variée qu’il faudra distinguer entre milieu communautaire, réserve et milieu urbain, ainsi que distinguer entre Premières Nations, Métis et Inuits tout en rajoutant à cela la distinction provinciale. Un gros casse-tête à venir.

Le plus gros du travail qui a été fait pour que cette commission voit le jour a été porté par les familles et les femmes qui se mobilisent depuis des années : maintenant, le travail du politique est d’alléger leur fardeau

Deuxièmement, il faut s’assurer de la participation des personnes et organismes de la base, et non uniquement du leadership. Car j’ai un triste souvenir d’une photo qui s’était retrouvée sur les médias sociaux lors d’une rencontre sur le sujet des femmes autochtones assassinées et disparues à l’Assemblée des Premières Nations où la salle était presque vide. Le plus gros du travail qui a été fait pour que cette commission voit le jour a été porté par les familles et les femmes qui se mobilisent depuis des années : maintenant, le travail du politique est d’alléger leur fardeau et leur permettre d’être enfin entendues. Le secret de la guérison réside dans le faite d’être écouté.

J’aime les histoires de magie, mais je sais que ça ne reste que de la fiction. Alors, je dis merci à M. Trudeau pour son cadeau et je vais l’apprécier puisque le temps des Fêtes approche. Je tiens juste à souligner que ça ne devrait pas être vu comme un cadeau, mais comme une une justice de base qui est depuis trop longtemps due aux communautés autochtones. Mais dans le contexte actuel, c’est un cadeau, vu l’intensité avec laquelle cette enquête a dû être demandée. Merci donc ☺

Poursuivez votre lecture...
PODCAST
Fil Rouge - Épisode 1
16 avril 2018
Environnement
La lutte contre le glyphosate s’intensifie au Nouveau-Brunswick
Anne-Marie Provost
16 avril 2018
Élections provinciales 2018
Les défis de Vincent Marissal
Xavier Camus
4 avril 2018