Théâtre

Pour réussir une pièce coup-de-poing

Suzane O'Neill

On s’assoit dans la salle de La Licorne, le petit théâtre quarantenaire de la rue Papineau. On sait qu’on n’en sortira pas indemne ; la nouvelle création de Fabien Cloutier est à l’affiche.

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Pourtant, surprise. Quelques rires fusent dès les premières minutes. Les répliques douces-amères de l’auteur font effet. Il nous apprivoise, nous prend dans sa main, mais on sait aussi que ses doigts vont se refermer et nous broyer le cœur. Il est là, le talent du dramaturge qui met aussi en scène sa pièce intitulée Pour réussir un poulet. Cloutier, ce conteur, comédien et auteur des pièces Scotstown, Cranbourne et Billy (Les jours de hurlement) a su rallier une clique de fans depuis ses passages remarqués à l’émission Plus on des fous plus on lit, sur les ondes d’Ici Radio-Canada première, où il sévit régulièrement avec une délirante chronique de proverbes.

« Il a une écriture puissante, nourrie de petits événements qu’il observe au quotidien. Son parler est cru, ses blagues ne sont pas écrites comme des blagues, mais ça me fait rire… d’un rire qui me fait aussi pleurer », explique Luis Clavis, membre de Misteur Valaire de sa voix rauque de lendemain matin de première. Le groupe électro instrumental, avec 10 ans de succès qui s’accumulent, signe maintenant la trame sonore de Pour réussir un poulet. Il y a d’ailleurs des similarités dans les deux univers créatifs. Ludiques, truffés d’un brin de rugosités. Ou est-ce rugueux, truffé d’un brin de ludique?

L’entrée en scène des acteurs se fait sur une musique aux harmonies qui s’avoisinent avec Morricone et Tarantino. « Les personnages vivent beaucoup de lourdeur, il fallait apporter une dose de grandiose, faire ressortir l’extraordinaire de leur petite vie. Le texte est tellement fort, on ne voulait pas simplement le ponctuer. Il fallait plutôt un grondement de base subtil. » C’était aussi la direction qu’avait en tête Fabien Cloutier, qui propose ici une mise en scène épurée. Cinq chaises constituent le décor, laissant toute la place aux cinq acteurs, bouleversants, qui lèvent le voile sur les travers, les préjugés, les espoirs de leurs personnages. C’est que l’auteur va à l’essentiel. Ses scènes sont dépouillées, constituées de quelques répliques, structurées de façon chorale. Il offre ainsi une vue périphérique d’un moment, un crescendo d’émotions. On attend la gifle. Elle claque. Sonore et cuisante. Applaudir devient presque malvenu.

Tant mieux si la musique peut démocratiser le théâtre, renforcer son pouvoir et élargir le public

Les metteurs en scène introduisent de plus en plus la musique au théâtre ; dernièrement, Serge Denoncourt a jugé bon d’assaisonner son Cyrano d’une trame musicale, idem de la part d’Éric Jean dans Opening night au Quat’Sous. Bien que ce ne soit pas le cas ici, c’est une tendance pas toujours heureuse qui gomme parfois les émotions brutes ou enrobe de miel une mise en scène fade. Luis Clavis accueille pourtant ce procédé avec enthousiasme. « Tant mieux si la musique peut démocratiser le théâtre, renforcer son pouvoir et élargir le public. » C’est probablement la même réflexion qui a incité le quintette électro à accepter l’invitation du chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin à collaborer avec l’Orchestre métropolitain sous le toit de l’église Saint-Jean-Baptiste. Misteur Valaire nous surprend une autre fois en se pointant à des endroits où l’on ne s’y attendait pas. « Ce n’est pas une stratégie, mais pleins de beaux projets nous tombent dessus, c’est un résultat de copinage. On est juste victimes de notre charisme [rires]. » Musical, théâtral ou orchestral, chose certaine, ils choisissent bien leurs copains. À surveiller : leurs collaborations récentes avec Fanny Bloom et Karim Ouellet.

Pour réussir un poulet, texte et mise en scène Fabien Cloutier
Avec Denis Bernard, Gabrielle Côté, Guillaume Cyr, Marie Michaud et Hubert Proulx
Jusqu’au 1er novembre au théâtre La licorne

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