Condamnation pour terrorisme

Rafiq n’a que 16 ans !

Photo: Bart Everson

16 ans ! Même pas l’âge du rêve sérieux et de l’acné. Davantage celui de la joyeuse insouciance et des caprices enfantins. 16 ans ! Et pourtant, Rafiq – appelons-le ainsi, puisque son nom n’a pas été divulgué à la presse tellement il est jeune – vient d’être condamné pour terrorisme.

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Rafiq a attaqué un dépanneur. On l’accuse aussi d’avoir voulu ainsi financer une hijra, un aller sans retour. Vers une zone de guerre. Dans son esprit, une terre de djihad qu’il a tenté, à maintes reprises, de rejoindre, dès l’âge de 12 ou 13 ans.

C’était son rêve à lui. Ou son insouciance capricieuse. Résultat : une condamnation pour terrorisme. Et la prison. Probablement pour longtemps.

Enfin, parce qu’il veut la réhabilitation du jeune condamné, le juge a demandé une expertise psychologique. Fort probablement, celle-ci constatera que Rafiq est «normal», comme d’ailleurs ses semblables, les «radicaux», mêmes ceux qui passent à l'acte violent. C’est ce que disent les recherches qui les étudient.

Mais, en attendant, que va-t-on faire à Rafiq ou de lui? Je ne le sais pas.

Les recherches ne le disent pas. Ou plutôt, elles disent ce que je dis : elles ne le savent pas. Bon, ce n’est pas tout à fait vrai. La science ne dit jamais qu’elle ne sait rien. Alors elle dit ce que nous disons tous : il faut aider Rafiq. Mais elle le dit à sa manière, un peu pompeuse, en parlant de «dé-radicalisation». Le moins que l'on puisse espérer pour Rafiq, c'est qu’il soit en effet récupérable.

La science ne dit jamais qu’elle ne sait rien. Alors elle dit ce que nous disons tous : il faut aider Rafiq. Mais elle le dit à sa manière, un peu pompeuse, en parlant de «dé-radicalisation».

Mais comment? Que doit-on faire exactement pour dé-radicaliser le jeune condamné? La science ne le dit pas vraiment. Pour la simple raison qu’elle ne le sait pas. Mais on ne perd rien à spéculer.

Première possibilité : faire intervenir des psy? Oui, pourquoi pas. L’enfant qui habite notre jeune condamné, Rafiq, est peut-être blessé. Un psy pourrait donc peut-être le guérir ou, à tout le moins, le consoler. Même si ça semble un peu illogique, puisque, nous l’avons dit, Rafiq n’ira justement en prison que parce que le psy l'aurait auparavant déclaré «normal».

Deuxième possibilité : faire intervenir un imam? Certes, pour autant que l’on accepte l’idée que la radicalisation équivaut à un endoctrinement religieux islamique, un imam pourrait aider. Il pourrait, par exemple, essayer de convaincre Rafiq que son djihad n'est pas vraiment islamique? Oui, ici aussi, pourquoi pas. Mais ça dépend beaucoup de ce que l’on veut dire par cette qualification. Islamique ou non-islamique, dans quel sens?

je ne donne aucune chance à notre imam dé-radicalisateur. Rafiq pourrait bien lui laisser croire qu'il est en accord avec lui. Il pourrait même être sincèrement d’accord avec lui.

Si c'est «non-islamique» parce que «tel verset de tel chapitre du Coran dit…» et «telle tradition prophétique de tel narrateur dit…» que l'Islam c'est la paix, c'est l'amour, etc., personnellement, je ne donne aucune chance à notre imam dé-radicalisateur. Rafiq pourrait bien lui laisser croire qu'il est en accord avec lui. Il pourrait même être sincèrement d’accord avec lui. Mais, dans les deux cas, cela ne l’empêchera pas de se re-radicaliser à la première occasion.

Par exemple au contact d’un autre imam, cette fois radicalisateur, qui lui expliquerait, tout aussi doctement que son collègue, que «le verset en question ne compte pas, car il est abrogé», que «la tradition prophétique rapportée est faible», et «qu'il faut au contraire suivre à la lettre l’autre verset du même chapitre, verset qui appelle plutôt les musulmans à se défendre lorsqu'ils sont attaqués». En sus, l’imam radicalisateur pourrait peut-être soutenir, preuves à l’appui, que toute la biographie du Prophète et plusieurs autres de ses traditions supportent sa lecture littéraliste, lecture qu’il pourrait également prétendre, de façon très crédible, être celle de la très grande majorité des oulémas classiques, d’Abu Hanifa à Ibn Taymiyya, en passant par al-Ghazali et Ibn Rochd. Enfin, il lui donnera le coup fatal en lui posant l’inévitable et difficile question : si ce n’est pas la violence, alors quoi? Comment aider tes frères et tes sœurs qui souffrent là-bas?

On nous dira, si ce n’est ni le psy ni l’imam, ou les deux mais sans grand espoir, alors que faire pour aider Rafiq? Comment le « dé-radicaliser » comme dirait la science?

On nous dira, si ce n’est ni le psy ni l’imam, ou les deux mais sans grand espoir, alors que faire pour aider Rafiq?

J’ai déjà répondu. Personnellement, je ne le sais pas. Je sais seulement que le jeune condamné pour terrorisme est un adolescent qui a besoin d’aide.

Après tout, il n’a que 16 ans!

16 ans!

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