Féminisme

Une succulente ironie

Bannie des réseaux sociaux
Photo: Mathilde Corbeil

Alors voilà, c'est avec ce billet que j'entame ma collaboration avec Ricochet, et vous m'en voyez ravie! Bon, j'avais prévu un tout autre sujet pour briser la glace, mais il arrive que les événements se précipitent et choisissent un peu pour nous.

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Il se trouve que j'ai déploré cette semaine le fait que l’ensemble des personnalités québécoises ayant bénéficié de funérailles nationales à ce jour sont des hommes. Ce fut retentissant.

Au point où l'artiste Mathilde Corbeil a créé une illustration choc pour dénoncer la situation à sa manière. Pour avoir contribué à la création du projet Décider entre hommes à ses débuts, je peux vous assurer que je sais apprécier le potentiel évocateur d'une simple image accompagnée d'un bon slogan.

C'est donc sans hésiter que j'ai partagé l’œuvre sur mon mur Facebook, de même que sur la page de mon blogue. Mal m'en pris, puisque - oh, hasard! - Facebook m'a ensuite banni du site pour trois jours, en m'indiquant par la suite que j'avais partagé du matériel jugé offensant. M'enfin, je suppute que ledit matériel offensant est l'illustration de Mathilde, puisque la responsable des communications chez Facebook Canada, Meg Sinclair, n'est pas en mesure de m'indiquer (ou ne veut pas, vous choisissez) clairement quelle image a précisément posé problème.

De toute façon, pour ce que ça change... Je suis bannie pour encore deux jours et demi au moment d'écrire ces lignes, et il n'y a rien que je ne puisse faire d'autre que d'attendre patiemment, m'a-t-elle expliqué. Je ne peux ni publier, ni commenter, ni répondre aux messages qui atterrissent dans ma boîte privée. En bref, toute interaction m'est interdite.

Une chose est certaine, selon Mme Sinclair, c'est que des utilisateurs ont signalé massivement l'une de mes publications, Facebook n'ayant pas le temps de passer au crible l'ensemble des statuts et partages de ses utilisateurs.

Une chose est certaine, selon Mme Sinclair, c'est que des utilisateurs ont signalé massivement l'une de mes publications, Facebook n'ayant pas le temps de passer au crible l'ensemble des statuts et partages de ses utilisateurs.

Peut-on supposer que ce signalement groupé ait été effectué de manière concertée et malveillante, avec l'intention de me causer préjudice? On ne peut le prouver... mais on peut tout de même le supposer.

Au printemps dernier, nous étions 46 blogueuses à signer une lettre dénonçant la misogynie sur les réseaux sociaux. Il faut croire que le signalement anonyme, tout odieux et lâche qu'il soit, ne vient que s'ajouter aux bonnes vieilles techniques d'intimidation plus grotesques comme le fait d'envoyer des injures («Conne», «J’vais te venir dessus», «Féminazie», «Ostie, j’te fourrerais avec ta p’tite jupe», «Sale chienne», «Grosse truie», «Je te cockslaperais jusqu’à ce que tu fermes ta yeule», «Tu mérites de te faire gang raper», «Tu ne devrais pas avoir le droit de te reproduire», «Impossible qu’elle se fasse pénétrer par un homme sans qu’elle crie au viol», «Fermez don’ vos gueules… pendant qu’elles ferment encore!») via la messagerie privée.

Remarquez, être bannie de Facebook pour 72 heures, c'est fâcheux, mais ce n'est pas la fin du monde. Et c'est surtout totalement inefficace pour me faire taire.

Oh, à brève échéance, la technique fonctionne. Être exclue pendant trois jours, c’est beaucoup à notre époque de l'ultra communication, dans laquelle l’empire de Mark Zuckerbeg a réalisé l'exploit de centraliser à peu près tout ce qui se passe sur le web, comme l'illustre à merveille cet article de Slate.

Être exclue pendant trois jours, c’est beaucoup à notre époque de l'ultra communication, dans laquelle l’empire de Mark Zuckerbeg a réalisé l'exploit de centraliser à peu près tout ce qui se passe sur le web

Parmi les inconvénients rencontrés, j'ai réalisé que je n'avais même pas le numéro de téléphone de bien des ami-e-s et contacts avec qui j'échange sur Facebook sur une base régulière - si ce n’est quotidienne - notamment pour mon travail. J'ai du développer un système D, envoyer un courriel à l'une pour obtenir les coordonnées de l'autre. Ça donne des journées loufoques, en plus de passablement nuire à la productivité.

En même temps, il y a quelque chose d'amusant à ainsi se retrouver dans le rôle de la spectatrice, à lire tous ce que les gens écrivent sur notre travail sans pouvoir réagir et interagir. On se sent un peu comme un fantôme hantant les vivants.

Il n'en demeure pas moins que l'échec est complet pour ceux que mes écrits pourraient déranger et qui auraient souhaité me faire taire. Non seulement mon exclusion m'a valu une puissante vague de sympathie sur les réseaux sociaux, mais aussi une entrevue à Dutrizac le midi au 98,5 FM, un entretien avec Fabien Deglise du quotidien Le Devoir, une deuxième participation en autant de journées à l'émission Médium Large de Catherine Perrin, sans compter le billet que vous êtes en train de lire. Savoureuse ironie, n'est-ce pas? Et ça, ce n'est rien, parce que samedi – tadam! - je reprends du service et je vais me lâcher lousse. Just watch me.

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