Semaine de prévention du suicide

Quand on ne voit pas le suicide venir

Photo: Christian Hopkins

Maxime était un jeune homme en santé, allumé et intelligent. Proche de sa famille, fan fini du groupe AC/DC, il venait de fêter ses 16 ans. Tout semblait normal et pourtant... Une semaine plus tard, Maxime est disparu. Sur son bureau, 17 lettres d'adieux. Ses proches n'ont jamais cru un seul instant que Maxime pouvait être/avoir mal au point de se suicider.

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Parfois, les proches d'une personne en détresse sont incapables de reconnaître les signes précurseurs du suicide. « Les gens me disent, ''tu n'as rien vu venir?'' Non, je ne l'ai pas vu venir. Il y a deux types de personnes. Celles qui veulent montrer leur désespoir, brasser les gens, dire qu'elles ne vont pas bien pour qu'on les aide, et les autres qui ont vraiment décidé d'en finir. Mon frère faisait partie de la deuxième catégorie », affirme sans ciller Marie-Ève Richard, la grande sœur de Maxime. Cela fera bientôt quatre ans que son petit frère est parti. Avec le recul, Marie-Ève regarde maintenant les photos de fête prises en famille quelques jours avant la disparition de Maxime. Elle voit qu'il est conscient d'être avec toute sa famille pour la dernière fois. « Je le vois maintenant, mais sur d'autres photos, il a un grand sourire dans le visage. Les gens se blâment beaucoup de n'avoir rien vu, mais si on accrochait à tous les détails, on n'en finirait plus. Les signes avant-coureurs sont rares chez certains. Quand ils ont décidé qu'ils partent, ils cachent leurs intentions. »

Avant de passer à l'acte, huit personnes sur dix verbalisent leurs intentions suicidaires, selon l'Association québécoise de prévention du suicide. « Souvent, les proches voient que la personne allait moins bien, que des éléments ont changé, mais ils ne se sont jamais dit que ça pouvait aller jusqu'à un décès par suicide », explique Lucie Pelchat, intervenante et conseillère à la formation à l'Association québécoise de prévention du suicide (AQPS).

Avant de passer à l'acte, huit personnes sur dix verbalisent leurs intentions suicidaires, selon l'Association québécoise de prévention du suicide.

Certaines personnes en détresse peuvent mentir sur leurs intentions, mais la plupart envoient des signes subtils, parfois très difficiles à décoder. Les signes de détresse sont généralement présents, mais ceux d'une personne suicidaire par rapport à une personne dépressive se ressemblent énormément. « Ce ne sont pas les mêmes signes pour tout le monde, alors on veut mettre l'accent sur les changements de comportement », ajoute-t-elle.

Les hommes ayant des pensées suicidaires peuvent être très agressifs et impatients, ce qui peut freiner l'aide que l'on devrait leur fournir. Les adolescents comme Maxime ont quant à eux moins tendance à verbaliser leurs intentions suicidaires et s'ils le font, ils les confieront davantage à leurs amis qu'ils obligeront à garder le silence. Ce secret ne doit toutefois pas être porté par une seule personne. « Les personnes en détresse peuvent aussi avoir une vision en tunnel. Ils sont dans l'absolutisme, le rigide, le blanc ou noir. Leur sens des nuances disparaît ou s'estompe. Ça peut nous mettre la puce à l'oreille, mais ça s'inscrit dans un ensemble de signes », explique le psychologue Gaëtan Roussy, qui travaille au Centre professionnel de prévention du suicide de Montréal.

Une spirale silencieuse

Les pensées négatives peuvent commencer sournoisement et muter en cercle vicieux difficile à désamorcer pour les proches. « Dans sa chambre, on a trouvé beaucoup d'écrits, comme une feuille avec les points positifs et négatifs du suicide. Il pesait le bien et le mal de chaque option. Il se trouvait lâche, stupide... mais personne ne le voyait comme ça! », raconte Marie-Ève.

« La détresse affaiblit les facultés comme l'alcool le fait. En état d'ébriété, on ne pense pas pareil, et c'est la même chose lorsqu'on est en état de souffrance. On pense différemment et on agit différemment », explique Lucie Pelchat. Celle-ci fait le parallèle avec la conduite en état d'ébriété pour illustrer le sentiment de responsabilité que l'on doit avoir vis-à-vis de cette personne, afin de lui procurer de l'aide professionnelle.

S'il est trop difficile d'aborder le sujet directement avec elle, on peut appeler une ligne d'aide et l'intervenant, avec l'accord du proche, prendra contact avec la personne en détresse. «Ça fait 10 ans que je suis en intervention, je fais ce genre d'appel environ une fois par semaine et jusqu'à présent, une seule personne a refusé de me parler, relate Lucie Pelchat. Généralement, une personne qui pense au suicide et qui se fait offrir de l'aide va l'accepter.»

« On peut toujours revenir en arrière pour trouver des signes précurseurs, mais ça ne garantit pas qu'on les aurait compris et que cela aurait changé les choses. »

Responsabilité n'est pas culpabilité

Trop souvent, les endeuillés du suicide cherchent inlassablement un coupable ou une raison qui a poussé la personne à se suicider, une pratique à éviter selon Gaëtan Roussy. « On peut toujours revenir en arrière pour trouver des signes précurseurs, mais ça ne garantit pas qu'on les aurait compris et que cela aurait changé les choses. » Il donne en exemple les personnes qui tentent de passer à l'acte à l'hôpital ou en prison, des milieux pourtant très surveillés et contrôlés. « Il n'y a jamais de coupable dans un suicide », insiste-t-il.

Après un tel drame, Gaëtan Roussy encourage fortement les endeuillés du suicide à aller chercher de l'aide professionnelle pour eux-mêmes. «Parfois, on se sent triste ou même en colère. On peut même se sentir coupable d'être fâché contre la personne qui s'est suicidée, mais il faut accepter ces sentiments. C'est normal, c'est un très gros choc.»

Marie-Ève Richard abonde aussi dans ce sens. « La seule personne qui peut vraiment t'aider, c'est toi-même. On met énormément d'emphase sur l'aide aux autres, mais il ne faut pas oublier de s'écouter. Si quelqu'un nous tend la main, il faut apprendre à la saisir. »

Si vous ou un-e de vos proches a besoin d'aide, appelez sans frais, de partout au Québec, le 1-866-APPELLE (277-3553). Vous pourrez parler à un intervenant ou une intervenante professionnel-le.

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