Projet de loi 70 sur l'aide sociale

Une leçon de Gilles Kègle

Photo: QuentinUK

Le débat autour du projet de loi 70 a révélé un consensus moral fort: au Québec, les personnes prestataires de l’aide sociale ont le devoir moral de se chercher un emploi rémunéré. La gauche et la droite ne s’entendent ni sur les montants appropriés des prestations de base à accorder ni sur ce qu’il faut faire pour «sortir» les gens de l’aide sociale, mais ils s’entendent désormais sur l’idée fondamentale que nul ne devrait avoir comme projet de «vivre de l’aide sociale».

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La réforme de l’aide sociale proposée

Le projet de loi libéral prévoit notamment couper jusqu’à la moitié de la prestation d’aide sociale de base (620$ par mois) aux nouveaux prestataires qui refuseraient à plusieurs reprises de se conformer aux mesures du nouveau Programme objectif emploi. L’ancien ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, s’était expliqué en ces termes : «Ce n’est pas normal, pour un jeune de 18 ans, que son ambition, ce soit d’avoir 18 ans pour aller chercher un chèque d’aide sociale». Les paresseux ont parfois besoin d’une petite menace pour s’activer, voilà le «gros bon sens» libéral.

Les paresseux ont parfois besoin d’une petite menace pour s’activer, voilà le «gros bon sens» libéral.

Les articles dénonçant le projet de réforme de l’aide sociale fusent de partout, heureusement. On reproche aux Libéraux de vouloir créer plus de pauvreté et de mal s’y prendre pour intégrer les prestataires de l’aide sociale sur le marché de l’emploi. Dans un article récent, la porte-parole parlementaire de Québec solidaire, Françoise David répondait à Sam Hamad:

« Pourquoi certains jeunes refusent-ils, dans un premier temps, de s'inscrire à un parcours d'insertion à l'emploi? Parce qu'ils ont des problèmes. Parce qu'ils sont en détresse et ont une très piètre estime d'eux-mêmes. Parce qu'ils ne croient pas en leurs chances de succès. C'est cela qu'il faut régler d'abord et des dizaines d'organismes s'y emploient déjà! Des organismes souvent sous-financés (air connu!) qui soutiennent et encadrent des jeunes qui finissent par s'en sortir avec une aide professionnelle... et beaucoup d'amour! »

Si le prestataire de l’aide sociale est un paresseux ou un profiteur pour la droite, il est essentiellement devenu une victime pour la gauche, aux prises avec des problèmes, de la détresse, un manque d’estime de soi. L’idée qu’une personne respectable, ne manquant ni d’amour ni d’ambition, puisse volontairement rester sur l’aide sociale semble décidément échapper à nos leaders politiques. Ces personnes existent pourtant.

Gilles Kègle

Membre de l’Ordre du Canada et Chevalier de l’ordre national du Québec, Gilles Kègle est sûrement un bon citoyen. Depuis 1986, il est infirmier auxiliaire bénévole à Québec. Comment gagne-t-il sa vie? Depuis 1996, la Fondation Gilles Kègle l’appuie financièrement. Pendant une dizaine d’années, cependant, soit de 1986 à 1996, «l’infirmier de la rue» n’était pas assez connu pour avoir sa propre fondation et vivait essentiellement de l’aide sociale.

Animé d’une foi profonde, Gilles Kègle pratique une éthique du don. Il vit de l’aide d’autrui, dans la plus grande simplicité, tout en servant les autres, 18 heures par jour, 7 jours sur 7, avec une dévotion d’autant plus dépaysante que le Québec d’aujourd’hui est à peu près complètement déspiritualisé.

Le contraire d’un profiteur ou d’un lâche, le «BS» Gilles Kègle n’a pas besoin de l’aide d’un État paternaliste cherchant à l’intégrer dans la normalité du marché.

Une telle démarche, qui cherche à dissoudre l’ego tout en se mettant au service des autres, n’a rien d’original: elle est partagée par des religieux partout sur la planète depuis des milliers d’années. Elle brouille néanmoins les catégories idéologiques de la droite et de la gauche d’aujourd’hui. Le contraire d’un profiteur ou d’un lâche, le «BS» Gilles Kègle n’a pas besoin de l’aide d’un État paternaliste cherchant à l’intégrer dans la normalité du marché. En nous rappelant que vivre de l’aide sociale peut refléter un choix éthique raisonnable, il confronte les préjugés d’à peu près tout le monde.

Encore plus fondamentalement, peut-être, Gilles Kègle nous invite à nous raccrocher à un vieux rêve: celui d’une économie où les travailleurs seraient tellement émancipés qu’ils continueraient de travailler même si leur revenu n’en dépendait pas.

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