100 jours du gouvernement Trudeau

Consulter pour gouverner

Photo: John McCallum

Après 100 jours au pouvoir, le gouvernement Trudeau s'est déjà attaqué avec vigueur à sa longue liste de promesses électorales et aux défis qu'elle représente. Le nouveau premier ministre canadien a choisi une approche plus consultative, cohérente avec sa volonté d'inclusion.

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En campagne électorale, le chef libéral Justin Trudeau a martelé qu’il avait un «plan», une multitude d’engagements pour prouver qu’il avait une véritable vision du pays à proposer comme alternative. Résultat: selon le Polimètre Trudeau, un baromètre créé par le département de science politique de l’Université Laval, les libéraux ont pris 345 engagements. De ce nombre, 11 ont été réalisés et 23 sont en cours de réalisation.

En comparaison, les conservateurs avaient en 2011 pris 140 engagements. Aux 100 jours de leur pouvoir, les troupes de Stephen Harper avaient rempli plus de promesses que les libéraux en pourcentage, mais moins en nombres absolus, soit 28 promesses contre 34 pour les libéraux, selon François Petry, directeur du département de science politique de l’Université Laval.

Aux 100 jours de leur pouvoir, les troupes de Stephen Harper avaient rempli plus de promesses que les libéraux en pourcentage, mais moins en nombres absolus, soit 28 promesses contre 34 pour les libéraux

Les promesses conservatrices étaient moins nombreuses, mais aussi de moindre envergure. «Les conservateurs avaient des politiques plus ciblées et fonctionnaient beaucoup par clientélisme», fait valoir le professeur du département de communication sociale et publique de l’UQAM Olivier Turbide. Leur stratégie était de remplir beaucoup de leurs promesses à portée de main afin de se présenter comme un gouvernement responsable, efficace, et surtout, plus modéré.

Lors de la dernière campagne électorale toutefois, les libéraux ont fait un « nombre inhabituellement élevé de promesses ambitieuses par leur impact potentiel et par les ressources qu’il faudra mobiliser pour les réaliser, explique François Petry. «Inévitablement, ces promesses suscitent des débats et des attentes parfois contradictoires dans l’opinion publique. Ces débats et ces attentes risquent de s’exacerber avec le temps si les promesses ne sont pas réalisées rapidement.»

La consultation comme mode de gouvernance

Depuis son arrivée au pouvoir, le Parti libéral du Canada a pris une approche plus consultative, une stratégie dans l’air du temps et qui cadre bien avec sa personnalité, selon Olivier Turbide. «C’est avant tout un rejet d’un mode de fonctionnement fondé sur l’autoritarisme, d’un rapport très hiérarchique avec les citoyens et les citoyennes, analyse-t-il. Justin Trudeau veut davantage les impliquer.»

L’approche consultative est aussi un remède au «déficit démocratique» de nombreux gouvernements occidentaux, c’est-à-dire l’effritement de leur légitimité aux yeux des citoyens et des citoyennes. Cela s’explique par l’érosion des deux types de légitimité traditionnelle: celle à la source, conférée par la victoire électorale, ainsi que celle par les résultats, soit la capacité d’un gouvernement à livrer la marchandise.

«Après 100 jours, on regarde les promesses, mais aussi la confiance envers le gouvernement. Plus elle est présente, plus il a les coudées franches pour prendre des décisions»

La transparence du processus, qui fait le pont entre ces deux types de légitimité, permet de combler ce déficit démocratique. C’est exactement ce type de légitimité que confère la consultation à un gouvernement. «Après 100 jours, on regarde les promesses, mais aussi la confiance envers le gouvernement. Plus elle est présente, plus il a les coudées franches pour prendre des décisions», dit Olivier Turbide.

Plus stratégiquement, la consultation permet au gouvernement de partager la responsabilité des décisions avec les acteurs qui y prennent part. La caution morale des décisions prises est plus grande, ce qui maximise les chances de réussite du projet.

D’un point de vue plus cynique cependant, les consultations sont souvent vues comme un moyen de gagner du temps et de se dédouaner d’une initiative par la suite. Mais, consultation ou pas, «ce qui compte, c’est comment on justifie les promesses qu’on ne tient pas», fait valoir Bernard Motulsky, titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’UQAM.

Ce dernier donne comme exemple la légalisation de la marijuana, qui sera difficile à mettre en œuvre à cause de l’opposition à laquelle elle fait face. Si le gouvernement Trudeau décide de ne pas aller de l’avant avec cet engagement, il ne sera pas nécessairement dépeint comme un « vire-capot » s’il réussit à justifier sa décision par l’opposition suscitée, notamment lors des consultations, selon Olivier Turbide. «On ne s’attend pas à ce qu’un gouvernement prenne des décisions qui vont à l’encontre de la volonté de la population», ajoute Bernard Motulsky.

En faisant participer davantage les citoyens et citoyennes au processus démocratique, le nouveau gouvernement Trudeau se démarque nettement de son prédécesseur conservateur. Il se donne ainsi bel et bien un filet de sécurité, mais il s’inscrit aussi dans une tendance nouvelle, plus inclusive.

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