Salle des nouvelles

Portrait d’une famille engagée

La place de l'éducation au sein des familles québécoises
Simon Van Vliet

Vendredi soir chez les Courcy-Rioux, ça grouille de monde. Les quatre enfants, âgés respectivement de 8, 11, 14 et 16 ans, rentrent de l’école accompagnés chacun d’un ou deux amis. Attablé dans la cuisine, Arthur, 11 ans, s’affaire déjà à préparer le repas, des empanadas argentins pour tout ce beau monde, avec l’aide de son père, Martin Rioux.

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«Ça fait partie de l’éducation, explique Stéphanie Fatou Courcy-Legros. Chez nous, c’est comme ça : tout le monde fait un bout. On vit en société», ajoute celle qui concilie une vie de mère de famille nombreuse avec une carrière d’organisatrice communautaire dans le réseau de la santé, en plus d’assumer la présidence du Regroupement québécois des intervenants et intervenantes en action communautaire en CSSS et celle de conseil d’établissement de l’école de La Petite-Patrie que fréquentent les deux plus jeunes enfants.

L’éducation, une affaire de quartier

Pour le couple, établi dans le secteur Marconi-Alexandra depuis près de 20 ans, le choix de l’école publique s’est imposé de lui-même. «Mon enfant va aller dans une école de quartier parce qu’il fait partie d’un quartier», résume Martin Rioux qui travaille comme conseiller à l’action humanitaire et communautaire à l’Université de Montréal.

«Mon enfant va aller dans une école de quartier parce qu’il fait partie d’un quartier»

Ainsi, les deux plus vieux fréquentent l’école secondaire Lucien-Pagé, même si celle-ci est considérée comme l’une des écoles les plus pauvres à Montréal et que le taux de décrochage scolaire y dépasse les 50 %. «On est classé comme une des pires à Montréal», reconnait Xavier, 14 ans, qui a choisi de s’impliquer au conseil d’élèves pour améliorer la vie parascolaire dans son école.

Sa grande sœur, Frédérique, y complètera son secondaire cinq l’an prochain et envisage éventuellement devenir elle-même enseignante. Entre temps, ses parents proposent de l’envoyer en échange étudiant en Allemagne ou en Argentine, deux pays réputés pour la qualité de leur système d’éducation respectif qui appliquent d’ailleurs la gratuité scolaire, et ce, même pour les étudiants étrangers.

À la défense de l’école publique

Attachée à ses écoles de quartier, la famille est mobilisée dans la lutte contre les compressions en éducation. «On n’aime pas les coupures!», scande gaiement le jeune Clément, 8 ans, lorsque la discussion porte sur le mouvement Je protège mon école publique (JPMEP) qui se verra remettre, le 13 mars prochain, une médaille de l’Assemblée nationale pour «ses réalisations exceptionnelles» par la députée de Gouin, Françoise David.


En marge de la chaîne humaine organisée le 1er février à l’école de la Petite-Patrie pour dénoncer les compressions en éducation, Stéphanie Fatou Courcy-Legros a collaboré à l’organisation d’un point de presse conjoint entre le mouvement JPMEP et l’Assocaition québécoise de Centres de la petite enfance (AQCPE). Elle raconte avoir vu le chef du Parti Québécois, Pierre-Karl Péladeau, arriver sur les lieux alors que la conférence de presse était déjà terminée. «Les caméramans n’étaient pas contents!» se souvient-elle en riant.

L’école de la vie

Chez les Courcy-Rioux, l’éducation ne se résume pas à l’école, loin de là. Pour Martin Rioux, «il y a comme une espèce de continuum» entre les enseignements et les apprentissages formels en milieu scolaire et ceux de la vie, plus informels, qui se font hors de l’école.

Il donne en exemple l’accueil d’une famille syrienne réfugiée à Montréal depuis quelques semaines, dans lequel toute la famille Courcy-Rioux est impliquée. «C’est de l’éducation et c’est de l’expérience de vie, note-t-il. C’est des apprentissages extraordinaires.» Quand des membres de la famille élargie ont décidé de parrainer une famille de neuf Syriens, dont sept enfants âgés de deux à 12 ans, les Courcy-Rioux y ont vu une occasion de s’impliquer et de lutter, à leur manière, contre le racisme et la xénophobie ambiants.

«Une bonne éducation est la source de tout bien dans le monde.»

Le dimanche 21 février, à l’occasion du Restaurant day, la famille Courcy-Rioux tient table ouverte dans sa maison de la rue Saint-Urbain. Au menu, on trouve un locro argentin. Les ventes de ce ragout à base de courge, de maïs et de haricots seront versées à la Société canadienne du cancer. Avant de retourner à l’école et au travail, le lendemain, les quatre enfants et leurs parents sont encore une fois réunis, autour de leur table de restaurant d’un jour, pour essayer de rendre le monde un peu meilleur. Les Courcy-Rioux semblent ainsi incarner une vieille maxime, tirée du Traité de pédagogie de Kant : «Une bonne éducation est la source de tout bien dans le monde.»

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