Parce qu'on est en 2016, 3e partie

L'appel du côté obscur

Photo: Opposition24

Le monde tel que nous le connaissons est appelé à changer radicalement dans un futur proche, tant au plan économique que technologique. Devant ces changements, beaucoup de personnes connaîtront une certaine angoisse et auront envie, pour se rassurer, de se réfugier dans un passé connu et rassurant.

Votre annonce ici
Vous n'aimez pas les publicités?
Les publicités automatisées nous aident payer nos journalistes, nos serveurs et notre équipe. Pour masquer les annonces automatisées, devenez membre aujourd'hui:
Devenez membre

Pour la grande majorité des gens, écouter le remake de la guerre des tuques, voir Han Solo dans le nouveau Star Wars ou succomber d'une autre façon à la nostalgie sera suffisant pour s’apaiser l’esprit. Par contre, une minorité très active sentira un urgent besoin de rebâtir le monde tel qu'il était. Comme revenir dans le temps est impossible, cette minorité choisira souvent de déterminer des boucs-émissaires qui seraient les uniques responsables du fait que le monde a changé. Certains iront même jusqu'à passer à l'acte pour éliminer physiquement ces boucs-émissaires.

Les envahisseurs imaginaires

Partout en Occident, des mouvements de repli identitaire sont en croissance. Selon ces mouvements, nous subirions actuellement une invasion ayant comme objectif de détruire les «valeurs occidentales» pour imposer dans nos sociétés de nouvelles valeurs. Ces mouvements ciblent généralement les populations arabes ou musulmanes, mais les sikhs, les hindous, les latinos, les noirs, les syndicats et les progressistes sont aussi la cible de ces mouvements.

Selon ces mouvements, nous subirions actuellement une invasion ayant comme objectif de détruire les «valeurs occidentales» pour imposer dans nos sociétés de nouvelles valeurs.

Ces mouvements ont comme objectif de protéger et de maintenir une société fantasmée où la totalité de la population partage leurs valeurs (bien que ces dernières ne soient pas du tout définies clairement) et leur mode de vie rêvé (généralement le rêve d'une vie rangée en banlieue avec une job steady, un char, un chien et des enfants qu'ils auraient vécu, selon eux, si les immigrants n'avaient pas été là). Pour atteindre leur objectif, ils proposent de réduire ou de mettre fin à l'arrivée de nouveaux immigrants, voire proposent la déportation massive de certains groupes ethniques.

Un essor international

Les mouvements anti-immigrants et d'extrême-droite sont en plein essor.. En Europe, le mouvement PEGIDA, né en Allemagne, fait des émules dans tous les pays. Les groupes néo-nazis connaissent aussi une progression en Allemagne. Les actes de violence contre les immigrants se multiplient et cette poussée de l'extrême-droite se confirme dans les sondages.

Partout en Europe, les partis d'extrême-droite voient leurs appuis augmenter et les actes de violence racistes et xénophobes se multiplient. Le Front national en France, Aube Dorée en Grèce, Vlaams Belang en Belgique, le FRP en Norvège, le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas et le British National Party en Angleterre sont tous des partis politiques d'extrême-droite qui sont sortis de la marginalité. Dans le cas de la France, le Front national est arrivé premier au premier tour des deux dernières élections : les européennes de mai 2014 (avec près de 25%) et les régionales de décembre 2015 (avec près de 28%).

Aux États-Unis, ce mouvement s'incarne dans les milices armées et les groupes néo-nazis. Récemment, c'est la campagne de Donald Trump, avec ses déclarations sur les musulmans, les arabes et les latinos, qui a attiré beaucoup des militants d'extrême-droite du pays et qui a su canaliser la frustration d'une Amérique blanche qui résiste aux changements que connaît le pays

Le Québec n'est pas immunisé

Le Québec aussi connaît une montée de la xénophobie et du racisme depuis bientôt 10 ans. La «crise des accommodements» avait alors mené à plusieurs actes racistes et xénophobes. La proposition de «Charte des valeurs» du gouvernement péquiste, en 2013, a réactivé et donné une légitimité aux groupes xénophobes et racistes du Québec et permis l'émergence de groupes comme PÉGIDA Québec. Le Parti Conservateur a utilisé l'angoisse de beaucoup de Québécois face à l'immigration aux élections de 2015.

Le Québec aussi connaît une montée de la xénophobie et du racisme depuis bientôt 10 ans.

Bien qu'il n'existe pas au Québec de mouvement organisé et structuré comme en Europe ou aux États-Unis, les idées des mouvements xénophobes et racistes y sont aussi présentes et ont motivé plusieurs actions publiques qui ont été médiatisées : des menaces contre les musulmans, le « Joker » qui promettait de tuer un arabe par semaine et les alertes à la bombe contre les écoles et les syndicats.

La tentation

Les changements radicaux que notre monde connaîtra dans les prochaines années ainsi que les turbulences que ces changements entraîneront peuvent rendre très attrayant, pour beaucoup de personnes, un chef charismatique avec une rhétorique simpliste. Devant la montée de l'extrême-droite, les élites politiques peuvent être tentées de restreindre les libertés ou d’attiser, par opportunisme, la peur de l'étranger.

Il est de la responsabilité de chaque citoyen de lutter contre les discours simplistes de l'extrême-droite et la peur qu'elle exploite. Il faut à tout pris que les gouvernements ne succombent pas à cette peur et ne soit pas tentés par les horreurs qu'elle peut entraîner.

Poursuivez votre lecture...
Harcèlement sexuel
La «liberté d’importuner», ce droit fondamental
Raphaëlle Corbeil
11 janvier 2018
politique municipale
Budget Plante: les propriétaires doivent-ils presser le bouton «panique»?
Céline Hequet
11 janvier 2018