Monde

Le Canada surestimé à l’international

Photo: White House photo by Pete Souza

Quelle est la réputation du Canada à l’international ? Est-il vrai que depuis le début du siècle, celle-ci subit un lent déclin, jusqu’à se dire que le Canada n’est plus le même pays dans l’opinion mondiale ? C’est à se demander si l’importance des conséquences de cette possible décroissance est aussi grande qu’on voudrait nous le faire croire. Analyse et déconstruction du mythe de la réputation canadienne.

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Pour le porte-parole du collectif Échec à la guerre, Raymond Legault, la réponse semble être claire : la réputation du Canada en a pris plein la figure dans les dernières années. Selon lui, de nombreux facteurs sont en causes, notamment le rapprochement de plus en plus étroit de sa politique étrangère avec celle des États-Unis, et « l’appui aveugle et inconditionnel à l’État d’Israël. »

« Il est clair que le Canada, puisqu’il est perçu comme tellement peu différent des États-Unis, n’est plus vraiment écouté », affirme M. Legault. Depuis la fin de son dernier mandat, en 2000, le Canada ne siège plus au Conseil de sécurité des Nations Unies. C’est, selon lui, une preuve évidente de ce qu’il avance.

Thomas Juneau, expert du Moyen-Orient et enseignant en politique étrangère canadienne à l’Université d’Ottawa, nuance quant à lui l’idée même de cette réputation. « On aime penser que nous avons une bonne réputation à l’international. Mais je trouve que c’est un concept qui est d’une utilité nulle quand on veut vraiment analyser la politique étrangère du pays », explique-t-il.

Un peu par nombrilisme, nous passons beaucoup trop de temps à réfléchir à notre réputation Comprendre la différence entre le concept de réputation et celui de la puissance ou de l’influence est très importante afin de mesurer la politique étrangère d’un pays. Il signale que ce sont ces dernières qui aident un pays à atteindre ses objectifs sur la scène internationale, et non la réputation. « Un peu par nombrilisme, nous passons beaucoup trop de temps à réfléchir à notre réputation, soit pour se taper dans le dos en se disant à quel point elle est bonne, soit pour regretter son déclin. », fait-il remarquer.

Le mythe du Casque bleu

Jean-Sébastien Rioux, directeur associé au programme des politiques internationales à l’Université de Calgary, démonte le mythe du Canada Casque bleu. « Les fameuses missions de paix du parti libéral, qui targuait le Canada d’être un pays de Casques bleus; ce n’est pas si clair », prétend-il. Selon lui, durant les principaux déploiements militaires des années 80-90, le nombre de soldats déployés par le Canada était négligeable. Il implique par là que pour un pays se voulant « gardien de la paix », les efforts étaient peu significatifs en termes de ressources. Il est rejoint sur ce point par son collègue de l’Université d’Ottawa, M. Juneau, qui ajoute que les Canadiens ne sont plus des gardiens de la paix depuis bien longtemps. « Le Kosovo et l’Afghanistan, c’était vraiment des missions afin d’aller imposer la paix, des missions qui avaient l’aval des Nations Unies, qui n’étaient pas organisées par elles, mais bien par l’OTAN », confirme Jean-Sébastien Rioux. En comparant les visions politiques présentes au Canada en ce moment, M. Rioux voit en Justin Trudeau, chef du parti libéral, un idéaliste : « M. Trudeau est aveuglé par le mythe du Casque bleu, où le Canada est une espèce de pays “kumbaya” qui peut envoyer de l’aide humanitaire et faire de la diplomatie. » Il lui oppose un Stephen Harper qui rappelle que le Canada a une position ferme sur ce point et des alliés à respecter. « La mentalité de M. Harper est simple : nous sommes les chapeaux blancs, ils sont les chapeaux noirs. Nous devons nous rallier à nos alliés et foncer dans le troupeau », image le professeur de l’Université de Calgary.

M. Trudeau est aveuglé par le mythe du Casque bleu, où le Canada est une espèce de pays “kumbaya” M. Rioux rappelle qu’auprès de ses alliés militaires, le Canada possède une réputation extraordinaire. Il souligne que les Canadiens étaient parmi les seuls à être réellement engagés sur le terrain en Afghanistan. « Il s’agissait d’une stratégie du gouvernement canadien afin d’avoir bonne réputation auprès de ses alliés », pointe Raymond Legault. « Pour les gens qui reçoivent les bombes, c’est autre chose », dit-il.

Rapprochement Canada/États-Unis ?

Pointé par le collectif Échec à la guerre comme une cause de la déconfiture de la réputation du Canada, le rapprochement entre les deux puissances n’inquiète nullement Jean-Sébastien Rioux. Il y voit plutôt une volonté de rendre la politique étrangère et de défense canadienne plus transparente et cohérente. « Je n’ai pas dit “populaire”, mais cohérente et transparente », termine-t-il. M. Legault estime que cette liaison est bien plus troublante au niveau économique. Il avance que les pays vont souvent en guerre pour des raisons humanitaires, « pour la veuve et l’orphelin », mais que dans les faits se cachent les intérêts économiques des grandes corporations. « Est-ce que le Canada intervient vraiment comme il le prétend sur la place publique, ou le fait-il pour aller de pair avec la défense des grands intérêts économiques du Canada? », questionne-t-il, inquiet.

note Les réponses à ces questions viendront dans un autre texte sur les enjeux économiques et le Canada à l’international.

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