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Au-delà des chiffres 

Impacts des compressions en éducation
Simon Van Vliet

Les coupures de plus d’un milliard de dollars, imposées par le gouvernement Couillard depuis son arrivée au pouvoir, s’ajoutent à des années de sous-investissement dans le réseau de l’éducation et à des rondes de coupures antérieures. Si ces coupures massives et récurrentes minent l’accessibilité et la qualité de l’éducation depuis des années, les dernières compressions affectent particulièrement les conditions de travail dans le réseau, et ce, du préscolaire à l’université.

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«Ce que je vois, c’est une attaque contre les gains [obtenus par les mouvements sociaux et syndicaux au cours de 40 dernières années]», tranche Simon Émard, éducateur à la petite enfance qui a fini par obtenir sa permanence l’automne dernier, après cinq ans au CPE Villeneuve.


«Ce que je vois, c’est une attaque contre les gains [obtenus par les mouvements sociaux et syndicaux au cours de 40 dernières années]»

«On ne pleut plus rien couper», affirmait la directrice du CPE Villeneuve, Marie Trudeau, lors du lancement de la campagne de l’Association québécoise des Centres de la petite enfance (AQCPE) en janvier contre les compressions dans le réseau de la petite enfance. La directrice assure que seuls les coûts de main-d’œuvre sont encore compressibles, ce qui implique une réduction des heures de travail, voire des suppressions de postes.

Le président du Regroupement des Centres de la petite enfance de l’île de Montréal (RCPEIM), Robert Racine, estime que les compressions additionnelles de 120 millions que le gouvernement provincial compte imposer au réseau forceront chaque CPE à couper deux ou trois postes en moyenne. «On n’aura plus le temps de faire des suivis individualisés», s’inquiétait-il en marge de la chaîne humaine du 1er févier.

Il reste à voir comment les allocations de transition incluses dans le règlement entériné à contrecœur par l’AQCPE cette semaine adouciront les impacts de ces coupures.

Au niveau primaire et secondaire, la situation est loin d’être reluisante. «Il y a beaucoup de services qui ont été coupés», indiquait Latifa Hadi, déléguée de l’Association professionnelle du personnel administratif (APPA) lors d’une séance de piquetage à l’école Louis-Hippolyte-Lafontaine. La militante syndicale explique qu’en plus d’affecter durement le soutien administratif en milieu scolaire, les coupures à la CSDM ont notamment eu des impacts sur l’accès aux services de psychoéducation, d’éducation spécialisée, ainsi que sur les services de garde.

Autre impact indirect des coupures en éducation; les parents sont aussi appelés à débourser de plus en plus souvent, et ce «même si les écoles primaires ou secondaires, ça se dit gratuit», fait remarquer Stéphanie Fatou Courcy-Legros. En tant que présidente du conseil d’établissement de l’école de La Petite-Patrie, la mère de famille engagée a d’ailleurs proposée des normes balisant les frais pour les sorties scolaires.

À ce jour, c’est le personnel de soutien qui a le plus fait les frais des coupures estime-t-on dans le milieu.

Le réseau post secondaire n’est pas en bien meilleure posture. À ce jour, c’est le personnel de soutien qui a le plus fait les frais des coupures estime-t-on dans le milieu. Michel Rondeau, animateur à la vie spirituelle et à l’environnement au Cégep de Saint-Laurent et membre de l’exécutif du syndicat des professionnels non enseignants (PNE) du collège affirme que les coupures récentes ont mené à l’abolition de 10 % des postes de PNE, explique-t-il.

Ainsi, un poste de bibliothécaire a été aboli et le psychologue a été remplacé par un technicien en travail social. Une conseillère à la vie étudiante a été «mise en disponibilité» suite à l’abolition de son poste, ce qui signifie qu’elle doit accepter un poste équivalent dans une autre institution collégiale sous peine d’être réputée démissionnaire. Déçu du résultat des négociations du secteur public conclues en décembre dernier, le syndicat espère ne pas avoir de mauvaises surprises lors du dépôt du prochain plan d’effectifs qui doit être déposé par la direction en avril.

«À l’Université de Montréal, actuellement, ce sont les profs qui écopent», assure pour sa part Martin Rioux, conseiller aux services aux étudiants de l’UdeM. Si les services aux étudiants ont été épargnés jusqu’à présent, il prédit que son service «va probablement se faire domper des services» qui étaient auparavant assumés par les services académiques et administratifs.

Si elle dit ne pas ressentir directement les effets des coupures, la professeure Anna Kruzinsky, qui enseigne à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia, constate des impacts sur les cursus universitaires. «Il y a des choix de cours qui sont éliminés», indique la professeure Kruzynski qui note également un resserrement des critères au niveau du nombre d’élèves par classe.

Anna Kruzinski dénonce également les salaires élevés et les bonis versés à la haute direction malgré le contexte de restrictions budgétaires. «C’est vraiment les pratiques de l’entreprise privée, déplore-t-elle. Ça creuse les écarts.» Loin d’être le seul apanage du gouvernement libéral, ce virage en éducation a été initié il y a une vingtaine d’années, lors du passage de François Legault au ministère de l’Éducation sous le gouvernement péquiste, qui avait à l’époque imposé des compressions de près de deux milliards de dollars.

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