Syndicats

L'éternel quossa donne

Photo: Khayman

La population est constamment prise en otage. Par la température, le trafic, mais surtout (surtout) les syndicats. Par leurs conventions collectives, par leur manifestations, par leurs grèves, par leur désir de s’imposer comme interlocuteur dans les débats de société. Tout.

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On est empêtré. La crise économique? Les syndicats! La faiblesse des investissements? Les syndicats! Le haut taux de chômage? Les syndicats! La solution? Le « right to work ». L’encadrement strict des dépenses syndicales. La possibilité d’avoir recours à des briseurs de grève. La fin de la cotisation obligatoire. Rose bonbon sera l’avenir.

Est-ce si simple?

Depuis que les syndicats existent, il existe des personnes qui souhaitent qu’on s’en « libère ». Laissons le marché à lui-même et il s’autorégulera. Mieux encore, il fera des profits qui seront redistribués. Les syndicats, avec leur volonté d’encadrer le travail, ne font que limiter ce processus naturel et, forcément, équitable. Bien entendu, on saute un peu rapidement sur l’exploitation des femmes et des enfants qui ont justifié le salaire minimum, ou sur les congédiements abusifs et les traitements inéquitables qui ont menés à l’adoption de normes du travail. On pourrait croire que c’est du passé, mais ce serait ignorer qu’il existe encore des discriminations systémiques, qu’elles soient raciales, sexuelles ou autre. Et ce serait fermer les yeux sur les cas que traite les commissions des normes du travail ou des lésions professionnelles année après année.

La faute des syndicats?

On entend parfois que les syndicats sont responsables du retard de productivité sur le reste du Canada. C’est connu, les syndicats encouragent la paresse et dissuade toute tentative d’innovation. J’ai des nouvelles pour vous : c’est faux. Il est vrai que la productivité globale est moins élevée ici qu’en Ontario ou en Alberta. Toutefois, les pays scandinaves ont des taux de syndicalisation beaucoup plus élevés et une productivité qui fait l’envie du monde entier. Il faut donc regarder ailleurs. Le « retard » serait bien plus explicable par une structure économique différente : au Québec, le secteur financier ou pétrolier, des secteurs à haut rendement productif, sont beaucoup moins développés pour des raisons historiques ou géologiques. Bref, on n’y peut pas grand chose à court terme. Par contre, si on compare les secteurs entre eux, le Québec non seulement rattrape, mais dépasse la productivité de l’Ontario et du Canada. C’est la même chose pour la création d’emploi. D’un côté, le taux de chômage est plus élevé au Québec qu’au Canada, mais, de l’autre, c’est ici que le rattrapage a été le plus important dans les dernières années. Alors que le Canada voyait un recul de 0,5% du taux de chômage entre 2003 et 2013, le Québec a réussi à réduire le sien de 1,6%.

Finalement, le rôle que joue les syndicats dans l’économie serait-il… positif?

Le « right-to-work »

On a souvent l’impression de vivre dans une société où on se définit d’abord par notre emploi et notre source de revenu. On commence par demander aux gens « ce qu’ils font », puis on passe peut-être à « ce qu’ils rêvent », ou à « ce qu’ils lisent ». Mais pour commencer, comment arrivez-vous à financer ton mode de vie? À défaut d’avoir un emploi bien payé, faites-vous au moins un travail « valorisant » (et valorisé)? On le sent rapidement, le droit de travailler, c’est presque sacré. Travaillez fort et petit train ira encore plus loin. Mais pour commencer, travaillez. Ainsi arrive-t-on au « right to work ». Y a-t-il plus noble concept que celui du « right » (le droit) « to work » (de travailler)?

On aimerait croire que le « right to work » serait ainsi à l’avantage des travailleurs et des travailleuses, que derrière cette formule se cache une volonté de rendre le travail plus accessible, plus digne. C’est une erreur. Ce qu’on veut vraiment, c’est soustraire les syndicats de l’équation, rendre l’accréditation optionnelle là où c’est obligatoire, puis limiter le rôle social et politique des syndicats en exigeant d’eux une transparence excessive à laquelle aucun autre groupe n’est soumis. Limiter les cotisations, c’est limiter le budget et diminuer l’autonomie des syndicats et, par la même occasion, réduire leur capacité d’action en traçant une ligne invisible et fluctuante entre les droits individuels et collectifs. Négocier une convention pour les membres, oui. Militer pour un monde plus juste, non.

Vous dites qu'un monde plus juste est dans l’intérêt des membres? Seriez-vous en train de commettre de la sociologie?

Pour en savoir plus, consultez la brochure de l’IRIS publiée cette semaine.

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