Féminisme

Une force toujours vive

Réponse à Marie-France Bazzo
Photo: Church of Pussy Riot Magdeburg

Je ne suis pas Charlie. Je ne suis pas Yvette. Surtout pas apolitique.

Mais oui, je suis féministe. Je suis privilégiée d’avoir été soutenue par des féministes de la deuxième vague qui, à l’époque des années 80, ont utilisé, à mon corps défendant, la discrimination positive pour former 25 jeunes femmes aux métiers du cinéma, dont je faisais partie. Un métier non traditionnel pour les femmes, disait-on.

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Parallèlement, j’ai eu de grands frissons, dans ces mêmes années, à suivre Marie-France Bazzo, qui m’a menée, avec toute son intelligence, sur les chemins d’une radio innovante et stimulante. Elle et moi avons le même âge à peu près.

Pour avoir jadis vécu douloureusement ces questionnements d’appartenance féministe, je réagis vivement à la controverse actuelle. Comment renier la force même de notre société, celle du Québec, où les femmes ont pris une place comme peu d’endroits au monde? Où bien des femmes – dont moi et Marie-France Bazzo – ont bénéficié d'acquis importants. Je ne comprends pas le plaisir que Mme Bazzo prend à se déclarer non féministe. Comme si elle perdait de la valeur en l’affirmant.

Je ne comprends pas le plaisir que Mme Bazzo prend à se déclarer non féministe. Comme si elle perdait de la valeur en l’affirmant.

Je dois dire que ma participation dans un programme de discrimination positive n'allait pas du tout de soi au début. J'ai vécu un sentiment de dévalorisation. C’est facile, à 23 ans, de se dire féministe. Mais être sélectionnée parce qu’étant femme pour une formation sur mesure… Une fois le stage commencé, une bonne partie du groupe de jeunes cinéastes a remis en question une vison du féminisme datant des années 70 dans lequel notre groupe était entrainé. Nous n’étions pas toutes des soeurs unies voulant vivre en parfaite symbiose! Nous avons tout de même profité de l’exceptionnelle occasion, non sans questionnements. Pas folles, les filles! Voilà que des années après, je me fait reprocher par une collègue qui n’avait pas bénéficié de ce programme d’avoir profité d’une aide indue. Elle croyait même que c’était une perte de fonds publics. On peut imaginer ma consternation.

Aujourd'hui, je suis heureuse de constater que plus de la moitié des femmes qui ont participé à ce programme sont devenues des productrices, réalisatrices, directrices photo, preneures de son ou conceptrices sonores. Une bonne moyenne au bâton, dans notre milieu. Sans ce programme, ni elles ni moi ne serions où nous sommes aujourd'hui, sans avoir eu à passer par l’exercice d’initiation de la culture dominante des groupes professionnels masculins. Et c’est le soutien de femmes qui ont cru dans cette aide qui a fait la différence.

Mais même Mme Bazzo a bénéficié d'un contexte, de règles et de préjugés favorables.

Des femmes comme Marie-France Bazzo, avec du front et quel aplomb, il n'y en a pas des masses. Mais même Mme Bazzo a bénéficié d'un contexte, de règles et de préjugés favorables. J'en ai un peu marre de ces grands chefs d’entreprise qui se targuent d’avoir bâtit leur entreprise «tu-seul». Ils ne prennent pas en considération les lois, les infrastructures, les écoles publiques, les services médicaux, les crédits d’impôts, l’éducation des enfants à la maison et à l’école... tout ce qui les dépasse et qui pourtant a contribué à leur réussite personnelle. Je ne veux pas leur enlever le mérite de leur travail, ni de leurs idées innovatrices, loin de là. Mais alors, qu’ils n’enlèvent pas le mérite d’une société qui soutient ses citoyens!

C’est au mot soutien que je veux en venir. En quoi le féminisme est-il concerné? Parce qu’il faut reconnaître les forces qui nous ont construites comme société. Au Québec, le féminisme est incontestablement une de ces forces. Et, jusqu’à hier, Marie-France Bazzo en était un bel exemple.

Catherine Van Der Donckt, preneure de son et conceptrice sonore

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